“Il trovatore”
by Giuseppe Verdi libretto (French ⇄ English)
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Manrico, le trouvère, fils présumé d'Azucena (Ténor dramatique ou lyrique) Le comte de Luna, noble du royaume d'Aragon (Baryton) Leonora, dame d'honneur de la princesse d'Aragon (Soprano lyrique ou dramatique) Azucena, gitane (Mezzo-soprano) Iñez, confidente de Leonora (Soprano) Ferrando, capitaine de la garde (Basse) Ruiz, soldat de la suite de Manrico (ténor) Un vieux gitan (basse) Un messager (ténor) Compagnes de Leonora et religieuses, suite du comte, hommes d'armes, gitans et gitanes |
Count di Luna, a nobleman in the service of the Prince of Aragon - baritone Manrico, a troubadour and officer in the army of the Prince of Urgel - tenor Azucena, a gypsy, supposedly Manrico's mother - mezzo-soprano Leonora, noble lady, in love with Manrico and courted by Di Luna - soprano Ferrando, Luna's officer - bass Ines, Leonora's confidante - soprano Ruiz, Manrico's henchman - tenor An old gypsy - bass A messenger - tenor Leonora's friends, nuns, the Count's lackeys, warriors, Gypsies Place: Biscay and Aragon (Spain) Time: Fifteenth century. |
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Première scène D'un côté, une porte qui permet d'entrer dans les appartements du Comte de Luna. Ferrando et de nombreux familiers du Comte, assis ou couchés près de la porte ; quelques hommes d'armes qui vont et viennent au fond. FERRANDO Debout ! Debout ! il nous faut attendre le Comte en veillant, car souvent près des balcons de sa bien-aimée il passe des nuits entières. LES HOMMES La jalousie jette des serpents cruels dans son cœur. FERRANDO Dans le Trouvère, qui des jardins lance son chant nocturne, il craint avec raison un rival. LES HOMMES Pour chasser le lourd sommeil de nos paupières, racontez-nous l'histoire véritable de Garcia, frère de notre Comte. FERRANDO Je vais vous la dire ; venez près de moi. |
Scene One A hall in the Aliaferia palace; a door on one side leads into the Count of Luna's apartments. Ferrando and a number of the Count's retainers are resting near the door; some soldiers are pacing back and forth in the background. FERRANDO Look sharp there! The Count must be served with vigilance; sometimes, near the house of his beloved, he spends whole nights. MEN Jealousy's fierce serpents are writhing in his breast. FERRANDO In the Troubadour, whose song rises at night from the gardens, he rightly fears a rival. MEN To drive off the sleep that hangs heavy on our eyelids, tell us the real story of Garzia, our Count's brother. FERRANDO I'll tell you; gather around me. |
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D'AUTRES Nous aussi... Écoutez, écoutez... FERRANDO Le bon Comte de Luna était l'heureux père de deux enfants. La fidèle nourrice du plus jeune dormait près du berceau. Mais un matin au lever de l'aurore, elle entrouvre les yeux, et qui voit-elle auprès de l'enfant ? LES HOMMES Qui ? parle... qui ? qui donc? FERRANDO Une vieille bohémienne, abjecte et noiraude ! Portant les symboles de la sorcellerie ! Et la face courroucée elle dardait sur l'enfant, son regard injecté de sang ! La nourrice est saisie d'horreur, elle pousse un cri aigu ; en moins de temps qu'on ne met à le dire les serviteurs accourent dans la chambre ; et au milieu des menaces, des cris, des coups, ils chassent la coupable qui avait osé entrer. LES HOMMES C'est un juste courroux qui agita ces cœurs ; la folle sorcière l'avait provoqué ! FERRANDO Elle jura qu'elle avait voulu |
OTHERS We, too... Listen then. FERRANDO There lived a happy father of two sons, the good Count of Luna. The second boy's faithful nurse slept next to his cradle. As dawn was breaking one fine morning, she opened her eyes and whom did she find next to that baby? MEN Who? Speak... Who was it? FERRANDO A dark, despicable gypsy crone! Wearing the symbols of a sorceress! And with a sullen face, over the boy she cast her bloody, baleful eye! The nurse is seized with horror; she utters a sharp cry in the still air; and, in less time than it takes to tell, the servants hasten into the room; and with shouts, blows, threats, they expel the wretch who dared enter. MEN Their hearts were moved by righteous scorn; the crazy crone provoked it! FERRANDO She claimed that she wanted to cast |
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tirer l'horoscope du petit ! La menteuse ! Mais une fièvre lente dévorait la santé du malheureux enfant ! Pâle, languissant, épuisé, il tremblait, le soir, et il traînait le jour dans les larmes : il avait été ensorcelé! La sorcière poursuivie fut saisie et condamnée au bûcher; mais sa fille restait, maudit instrument d'une criminelle vengeance, qui se livra à un geste indicible ! L'enfant disparut, et l'on retrouva de la braise mal éteinte dans les lieux mêmes où la sorcière avait été brûlée ! Ainsi que les os d'un enfant à moitié consumés, hélas ! et encore fumants ! LES HOMMES Ah ! misérable ! Oh ! monstre infâme ! J'éprouve à la fois colère et horreur ! Et le père ? FERRANDO Il vécut de brefs et tristes jours ; cependant un pressentiment obscur du cœur lui disait que son fils n'était pas mort; et tout près d'expirer il fit jurer à notre actuel Seigneur de ne pas arrêter les recherches. |
the boy's horoscope. The liar! A slow fever began to destroy the poor child's health! Weak, covered with a strange pallor, broken, he trembled at night, and moaned piteously all day long; he was bewitched! The witch was pursued, seized and condemned to the stake; but her cursed daughter was left, to administer a horrible revenge! This criminal committed an unspeakable act! The child disappeared, and they found still glowing embers, on the very same spot where the witch had once been burned! And, alas, a child's skeleton, half-burnt, still smoking! MEN Ah! the wicked unspeakable woman! It fills me with both rage and horror! What about the father? FERRANDO His remaining days were few and sad; yet an undefined presentiment at heart told him that his son was not dead; and when he lay dying, he desired that our master should swear to him not to stop |
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Hélas ! elles furent vaines ! LES HOMMES Et on n'eut jamais de nouvelles de cette femme ? FERRANDO Aucune nouvelle ! Ah ! s'il m'était donné de retrouver un jour ses traces ! LES HOMMES Mais pourrais-tu la reconnaître ? FERRANDO En tenant compte des années écoulées, oui je le pourrais. LES HOMMES Il serait temps de l'expédier en enfer auprès de sa mère. FERRANDO En enfer ? Il est une croyance qui affirme que l'âme de l'horrible sorcière damnée est encore sur la terre et que, quand le ciel est noir, elle se montre aux humains sous différentes formes. TOUS C'est vrai ! c'est vrai ! c'est vrai ! Certains l'ont vue |
his search. Ah! It was in vain! MEN And was no news ever had of her? FERRANDO No news! Oh! were it granted me to track her down some day! MEN But, could you recognise her? FERRANDO Considering the years that have passed, I could. MEN It would be time to send her to her mother, in hell. FERRANDO In hell? It's common belief that the wicked witch's damned soul still lives in the world, and when the sky is black she shows herself in various shapes. ALL It's true! It's true! It's true! It's true! On the edge of the rooftops |
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sur les bords des toits ! Parfois elle se transforme en hulotte ou en hibou ! D'autres fois en corbeau ; et souvent en chouette, fuyant dans l'aube telle une flèche ! FERRANDO Un serviteur du Comte qui avait frappé le front de la sorcière mourut de peur! Il mourut de peur ! LES HOMMES Ah ! Ah ! Il mourut ! Ah! Ah! Il mourut ! FERRANDO Elle lui apparut sous la forme d'un hibou dans le profond silence d'une chambre paisible! LES HOMMES D'un hibou ! D'un hibou ! FERRANDO Elle le regardait d'un œil luisant, en attristant le ciel, de son cri funèbre ! LES HOMMES Elle le regardait! Elle le regardait! FERRANDO Minuit sonnait justement... Ah ! |
some people have seen her! Sometimes she changes into a hoopoe or an owl! Other times, a raven; more often, a civet-owl, flying through the dawn like an arrow! FERRANDO One of the Count's men died of fear because he had struck the gypsy's forehead! He died, died of fear! He died, died of fear! MEN Ah! Ah! He died! Ah! Ah! He died! FERRANDO She appeared to him in the form of an owl, in the deep calm of a silent room! MEN Of an owl! Of an owl! FERRANDO She looked with gleaming eye, looked at the sky, sorrowing, with a bestial cry! MEN She looked! She looked! FERRANDO Midnight was just striking! Ah! |
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LES HOMMES Ah ! (Minuit sonne.) TOUS Ah ! Ah ! Maudite soit la sorcière infernale ! Ah ! (On entend un son de tambour. Les hommes d'armes accourent au fond. Les familiers se groupent vers la porte.) Deuxième scène Le jardin du palais. Sur la droite un escalier de marbre qui conduit aux appartements. D'épais nuages couvrent la lune. Leonora et Ines se promènent. INES Pourquoi t'attarder si longtemps ? Il est tard ; viens ; la reine t'a demandée ; tu l'as entendue. LEONORA Une autre nuit encore sans le voir ! INES Tu nourris une flamme dangereuse ! Dis ! où, comment jaillit en toi la première étincelle ? LEONORA Dans les tournois. Il apparut les vêtements noirs, le heaume noir, |
MEN Ah! (Midnight strikes.) ALL Ah! A curse on her the infernal witch! Ah! (A drum is heard. The soldiers run to the back. The servants gather at the door.) Scene Two The garden of the palace. At the right, a marble stair leads up to the private apartments. Thick clouds conceal the moon. Leonora and Ines are strolling. INES Why stay here any longer? It's late; come; the queen asked about you; you heard her. LEONORA Yet another night without seeing him! INES You're nursing a dangerous flame! Oh how, where did its first spark strike you? LEONORA At the tourney. There appeared, in black armour and black helmet, |
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et noir le bouclier qui ne portait pas d'armes, un guerrier inconnu, qui obtint les honneurs de l'arène. Sur sa tête victorieuse je posai la couronne. La guerre civile fit rage ensuite et je ne le vis plus ! Tel d'un rêve doré la fuyante image ! depuis un bien long temps passa, mais ensuite... INES Qu'arriva-t-il ? LEONORA Écoute ! La nuit paisible était silencieuse ; et, belle dans un ciel serein, la lune montrait son visage argenté joyeux et rond, quand dans l'air infini muet jusqu'alors, s'élevèrent les sons doux et faibles d'un luth, et un trouvère chanta des vers mélancoliques. Telle l'humble prière d'un homme qui invoque son Dieu : et en elle toujours revenait un nom, mon nom ! Je courus en hâte au balcon... Il était là! C'était lui ! J'éprouvais ce bonheur qu'aux anges seuls il est donné de connaître ! À mon cœur, à mon regard extasié |
with black shield and without crest, an unknown warrior, who won the honours of the arena. On the victor's head I placed the crown. Then civil war raged - I saw him no more! Like the fleeting image of a golden dream! and a long time passed, but then... INES What happened? LEONORA Listen! The serene night was silent and, lovely in the calm sky, the moon happily revealed its silvery and full face! When, resounding in the air which till then had been so quiet, sweet and sad were heard the sounds of a lute, and a troubadour sang some melancholy verses. Verses, beseeching and humble, like a man praying to God: and in them was repeated a name, my name! I ran eagerly to the balcony... There he was; it was he! I felt a joy that only the angels are allowed to feel! To my heart, my ecstatic eyes, |
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la terre parut être le ciel ! À mon cœur, etc. INES Ton récit a rempli mon âme de trouble ! Je crains... LEONORA En vain ! INES Cet homme mystérieux réveille en moi un vague mais triste pressentiment! Tente de l'oublier. LEONORA Que dis-tu ? Assez! INES Cède au conseil de l'amitié, cède ! LEONORA L'oublier ! Ah ! tu as prononcé un mot que mon âme ne sait comprendre. D'un amour tel que la parole a du mal à l'exprimer. d'un amour que je suis seule à connaître mon cœur s'est enivré. Mon destin ne peut s'accomplir que près de lui. Si je ne vis pas pour lui pour lui je meurs, |
the earth seemed like heaven! To my heart, etc. INES What you've told me has filled my soul with anguish! I fear... LEONORA Needlessly... INES A sad, but vague presentiment is stirred in me by this mysterious man! Try to forget him. LEONORA What are you saying? Enough! INES Give way to a friend's advice, do give way! LEONORA Forget him! Ah, you've spoken a word that my soul cannot understand. With such love that words can scarcely tell, of a love that only I know, my heart is intoxicated. My fate can be fulfilled only at his side. If I can't live for him, then for him I'll die. |
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si je ne vis pas pour lui, etc. (Elles rentrent dans leurs appartements. Entre le Comte de Luna.) LE COMTE La nuit se tait ! La reine sans doute est plongée dans le sommeil : mais sa dame d'honneur veille. Oh ! Leonora, tu es éveillée ; ce balcon me le dit qui laisse filtrer un rayon tremblant de la lampe nocturne. Ah ! la flamme de l'amour brûle dans chaque fibre de mon être ! Il faut que je te voie, que tu m'entendes. Me voilà. Ce moment est pour nous décisif. (Il va monter l'escalier; mais il s'arrête en entendant le luth.) Le Trouvère ! Je frémis ! MANRICO (en coulisse) Seul sur la terre, en guerre avec un destin cruel, un cœur est le seul espoir le seul espoir du Trouvère. LE COMTE Quels mots ! Je frémis ! MANRICO Mais s'il le possède, ce cœur, beau d'une chaste promesse, |
If I can't live for him, etc. (They go up to their rooms. Then the Count of Luna comes in.) COUNT The night is still! The queen is surely immersed in sleep; but her lady is wakeful - Oh! Leonora you're awake; I'm told, from that balcony, by the quivering ray of your night lamp. Ah! the flame of love burns my every fibre! I must see you, you must hear me. I'm coming. This is our supreme moment. (He starts to go up the steps, but stops, hearing a lute.) The Troubadour! I tremble with rage! MANRICO (out of sight) All alone on the earth, at war with his evil fate, his only hope is in one heart, a heart for the Troubadour. COUNT These words! I tremble with rage! MANRICO But he possesses that heart, lovely with its chaste promise, |
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LE COMTE Quelles paroles! MANRICO Il est plus grand que tous les rois... LE COMTE Oh jalousie! MANRICO Le Trouvère est plus grand, plus grand que tous les rois. LE COMTE Je ne m'abuse pas... Elle descend ! (Leonora descend dans le jardin et court vers le Comte.) LEONORA Ma vie ! LE COMTE (Que faire?) LEONORA Il est plus tard que d'habitude : j'ai compté le temps qui s'écoule aux battements de mon cœur! Enfin un amour généreux te conduit dans mes bras. MANRICO (encore au milieu des arbres) Traîtresse ! (La lune apparaît entre les nuages et éclaire un homme, la visage caché par la visière de son heaume.) |
COUNT These words! MANRICO He's greater than any king... COUNT What jealousy! MANRICO He's greater than any king, greater is the Troubadour. COUNT I'm not mistaken... She's coming down! (Leonora comes down into the garden and runs towards the Count.) LEONORA My dearest! COUNT (What shall I do?) LEONORA The hour is later than usual: I counted its instants by the beating of my heart! At last, merciful love leads you to my arms. MANRICO (still among the trees) Faithless! (The moon comes out from the clouds and reveals a man whose face is hidden by his visor.) |
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LEONORA Quelle voix! (Les reconnaissant tous deux, Leonora se jette aux pieds de Manrico.) Ah ! l'obscurité m'a trompée ! C'est à toi que je croyais parler et non pas à lui... À toi que seul mon âme demande, que seul elle désire. Je t'aime, je le jure, je t'aime d'un immense, d'un éternel amour ! LE COMTE Et tu oses ! MANRICO Ah ! je ne désire plus rien ! LE COMTE Je brûle de rage ! LEONORA Je t'aime ! je t'aime ! MANRICO Ah ! je ne désire plus rien ! LE COMTE Si tu n'es pas un lâche, fais-toi connaître ! LEONORA (Hélas!) LE COMTE Dis ton nom ! |
LEONORA That voice! (Recognising both of them, Leonora throws herself at Manrico's feet.) Ah, the darkness deceived me! I thought that I was speaking to you, not him... To you, that my soul only wants, desires. I love you, I swear it, love you with eternal, immense love! COUNT You dare! MANRICO Ah, I ask no more! COUNT I'm burning with fur y! LEONORA I love! I love you! MANRICO Ah, I ask no more! COUNT If you're not a coward, reveal yourself! LEONORA (Alas!) COUNT Tell me your name! |
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LEONORA (Oh ! par pitié!) MANRICO Connais-moi : je suis Manrico ! LE COMTE Toi ! Comment! Insensé ! téméraire ! Partisan d'Urgel, condamné à mort, tu oses approcher de ces portes royales? MANRICO Pourquoi tardes-tu ? Allons ! appelle tes gardes, et livre ton rival à la lame du bourreau ! LE COMTE Ta dernière heure est bien plus proche que tu ne le penses, insensé. Viens ! LEONORA Comte! LE COMTE Victime de ma colère, il faut que je te sacrifie. LEONORA Oh ciel ! arrête ! LE COMTE Suis-moi ! |
LEONORA (Ah, have mercy!) MANRICO Know me then: I'm Manrico! COUNT You! What? Mad, foolhardy man! A follower of Urgel, sentenced to death, you dare approach these royal gates? MANRICO Why are you delaying? Come, call the guards, and hand your rival over to the executioner's blade! COUNT Your last moment is much nearer, insane man! Come... LEONORA Count! COUNT I must have your blood, victim of my contempt. LEONORA Oh heaven, stop! COUNT Follow me! |
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MANRICO Allons! LEONORA (Que faire?) LE COMTE Suis-moi ! MANRICO Allons! LEONORA (Un seul cri et je le perds.) Entends-moi ! LE COMTE Non! Le feu terrible d'un amour méprisé brûle en moi ! Ton sang, malheureux, serait peu de chose pour l'apaiser! Tu as osé, insensée, lui dire : je t'aime ! Il ne peut plus vivre, tu as prononcé un mot qui l'a condamné à mourir ! Tu as prononcé un mot, etc. LEONORA Qu'un instant au moins ton courroux cède à la raison : moi seule suis la cause, hélas, d'une telle ardeur. Que ta fureur tombe |
MANRICO Let's go! LEONORA (What shall I do?) COUNT Follow me! MANRICO Let's go! LEONORA (One cry from me could undo him!) Hear me out! COUNT No! My spurned and jealous love burns in me with a terrible flame! Your blood, wretch, would be hardly enough to put it out! Foolish girl, you dared to tell him, 'I love you'. He can live no longer. You uttered a word that condemned him to die! You uttered a word, etc. LEONORA At least for a moment, let your scorn make room for reasoning: I, and only I, am unfortunately the cause of all your fire! So let your fury, fall |
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sur la coupable qui t'a offensé : plonge ton glaive dans ce cœur qui ne peut ni ne veut t'aimer. MANRICO La colère de l'orgueilleux est vaine ! Il tombera, percé par moi, le mortel qui t'inspire de l'amour est rendu invulnérable par l'amour. (au Comte) Ton sort est déjà accompli ! Ton heure a déjà sonné ! Le destin m'a réservé son cœur et ta vie. LE COMTE Tu as osé, insensée, etc. Ton sang, malheureux, serait peu de chose pour l'apaiser ! Tu as osé, insensée, lui dire : je t'aime ! Il ne peut plus vivre, etc. LEONORA Que ta fureur tombe sur la coupable qui t'a offensé : plonge ton glaive dans ce cœur qui ne peut ni ne veut t'aimer ! etc. MANRICO Ton sort est déjà accompli ! Ton heure a déjà sonné ! Le destin m'a réservé son cœur et ta vie, etc. |
on the evil girl who offended you; plunge your sword into this heart that cannot, will not love you. MANRICO The haughty man's wrath is in vain; He'll fall, run through by me; the man who can inspire your love is made by love invaluable. (to the Count) Your fate is already sealed; your hour has struck now! Destiny has given to me her heart and your life! COUNT Foolish girl, you dared, etc. Your blood, wretch, would be hardly enough to put it out! Foolish girl, you dared to tell him 'I love you'. He can live no longer, etc. LEONORA So let your fury fall, fall on the evil girl who offended you; plunge your sword into this heart that cannot, will not love you! etc. MANRICO Your fate is already sealed, your hour has struck now! Destiny has given to me her heart and your life, etc. |
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LE COMTE Ah ! le feu terrible d'un amour méprisé brûle en moi ! Tu as prononcé un mot qui l'a condamné à mourir ! etc. (Les deux hommes partent l'épée à la main. Leonora tombe évanouie.) |
COUNT Ah! my spurned and jealous love burns in me with a terrible flame! You uttered a word that condemned him to die! etc. (The two men go off, swords in hand. Leonora falls senseless.) |
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Première scène Le flanc d'une montagne, en Biscaye. Un grand feu. L'aube. Azucena est assise près du feu. Manrico est couché à côté d'elle, enveloppé de son manteau. Son heaume est à ses pieds. Il tient son épée entre les mains et la regarde fixement. Un groupe de bohémiens est éparpillé autour d'eux. LES BOHEMIENS Vois ! la grande voûte du ciel quitte ses noirs vêtements nocturnes comme une veuve qui enfin abandonne les sombres voiles qui l'enveloppaient. Au travail ! au travail ! Courage ! frappe ! Qui embellit les jours du gitan ? La jeune gitane. (aux femmes, arrêtant leur travail) Verse-moi à boire ; ardeur et courage le corps et l'âme puisent dans la boisson. Oh regarde ! regarde ! Un rayon de soleil |
Scene One The slopes of a mountain in Biscay. It is dawn. A great fire is burning. Azucena is sitting by the fire. Manrico is stretched out at her side, wrapped up in his cloak. His helmet lies at his feet, his sword is in his hands, and he is staring at it motionlessly. A band of gypsies is scattered around them. GYPSIES See! the heaven's great vault removes its gloomy, night-time tatters! It seems like a widow who takes off at last the dark clothes that enfolded her. To work! To work! At it! Hammer! Who brightens the gypsy man's days? The gypsy maid. (to the women, pausing in their work) Pour me a draught: strength and courage the body and soul draw from drinking. Oh, look, look! A ray of the sun |
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brille plus vif dans mon/ton verre ! Au travail ! au travail ! Qui embellit les jours du gitan ? La jeune gitane. (Pendant qu'Azucena chante, les gitans se rapprochent d'elle.) AZUCENA La flamme crépite ! La foule implacable court vers ce feu le visage serein ! Des cris de joie partout éclatent; entourée par les bourreaux une femme s'avance ! Sur les horribles visages brille la triste et lugubre flamme qui monte vers se ciel ! La flamme crépite ! La victime arrive vêtue de noir pieds nus, défaite ! Un cri de mort retentit féroce que l'écho répète de colline en colline ! Sur les horribles visages, etc. LES BOHEMIENS Ta chanson est triste ! AZUCENA Aussi triste que l'histoire funeste dont elle est inspirée! Venge-moi ! Venge-moi ! MANRICO (Et toujours la mystérieuse parole !) |
sparkles brighter in my/your glass! To work! To work! Who brightens the gypsy man's days? The gypsy maid! (As Azucena is singing, the gypsies gather around her.) AZUCENA The flame crackles! The unrestrained mob runs to that fire, their faces all happy! Shouts of joy re-echo around; Surrounded by killers, a woman comes forward! Sinister, shining on the horrible faces, the ghastly flame rises, rises towards heaven! The flame crackles! The victim arrives, dressed in black, dishevelled, barefoot! A fierce shout of death is raised, its echo repeated from hill to hill! Sinister, shining, etc. GYPSIES Your song's a sad one! AZUCENA Equally sad as the terrible story that inspired it! Avenge me! Avenge me! MANRICO (That mysterious phrase again!) |
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UN BOHEMIEN Compagnons, le jour approche : pour nous procurer du pain descendons, descendons vers les villages voisins. LES BOHEMIENS Allons, allons ! Qui embellit les jours du gitan ? etc. (Ils s'en vont en chantant.) MANRICO Nous sommes seuls maintenant. Oh ! raconte-moi cette funeste histoire. AZUCENA Tu l'ignores donc, toi aussi ? Mais il est vrai, que tout jeune l'ambition t'a poussé au loin. Cette histoire raconte la triste fin de ton aïeule ! Un comte orgueilleux l'accusa du maléfice dont son enfant, affirmait-il, était la victime. Elle fut brûlée là où brûle ce feu ! MANRICO Oh ! Malheureuse! AZUCENA On la conduisait, enchaînée vers son destin effroyable ; |
A GYPSY Companions, day is approaching; to forage for our daily bread, come, come, let's go down to the nearby villages. GYPSIES Let's go! Let's go! Who brightens the gypsy man's days? etc. (They go off, singing.) MANRICO We're alone now. Ah, tell me that terrible story. AZUCENA You? Even you don't know it? But, as a boy, the spur of ambition drove your steps far from here! This is the story of your grandmother's bitter end. A haughty Count accused her of witchcraft, and said that a child, his son, had been bewitched; she was burned where that fire gleams! MANRICO Ah, the wretch! AZUCENA She was led in irons to her terrible fate; |
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Avec mon fils dans les bras, je la suivais en pleurant. Je tentais de me frayer un chemin jusqu'à elle, mais en vain. En vain la malheureuse tenta-t-elle de s'arrêter pour me bénir ! Car avec des jurons obscènes, en la piquant de leurs glaives, les misérables bourreaux la poussaient au bûcher ! Alors d'une voix brisée : « Venge-moi ! » cria-t-elle. Ce cri a laissé dans mon cœur un éternel écho. MANRICO L'as-tu vengée ? AZUCENA Je parvins à m'emparer du fils du Comte. Je l'entraînai ici avec moi... Les flammes montaient, déjà prêtes. MANRICO Les flammes ! Ciel ! Veux-tu dire que... ? AZUCENA Il était secoué de sanglots, et je sentais mon cœur brisé se déchirer ! Lorsqu'à mon esprit épuisé se montra, comme en rêve la tragique vision d'images effroyables ! Les bourreaux et le supplice ! |
with my baby in my arms I followed her, weeping; I tried to make my way to her, but in vain; and in vain the poor woman tried to stop and bless me! Then, amid obscene curses, pricking her with their swords, they forced her to the stake, those horrible killers! - Then, in a broken voice, 'Avenge me', she cried. Those words left in my heart an eternal echo. MANRICO Did you avenge her? AZUCENA I managed to steal the Count's son; I dragged him here with me - the flames were ready, burning. MANRICO The flames? Oh heaven! Did you...? AZUCENA He was racked with sobs; I felt my heart, torn, broken! When, lo, to my weak spirits, as in a dream, appeared the bestial vision of frightful forms! The killers! and the torture! My mother with blanched face, |
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Ma mère au visage hagard pieds nus, défaite. Le cri ! Le cri ! J'entends le cri familier « Venge-moi ! » Je tends une main crispée... Je serre la victime, Je la porte, je la pousse dans le feu ! Le délire fatal cesse, l'horrible scène se dissipe. Seule la flamme fait rage et dévore sa victime ! Je regarde alors autour de moi et devant moi je vois le fils du misérable Comte ! MANRICO Ciel ! que dis-tu ? AZUCENA Mon fils, mon propre fils, moi-même, je I'avais brûlé ! MANRICO Ah ! Quelle horreur ! AZUCENA Ah ! mon fils, mon propre fils, moi-même, je l'avais brûlé ! MANRICO Quelle horreur! AZUCENA Je sens encore se dresser mes cheveux sur ma tête ! |
dishevelled barefoot! Her cry! Her cry! I hear the familiar cry! 'Avenge me!' I stretch out my shaking hand... seize the victim, draw him to the fire, and push! The fatal madness ends, the horrible scene disappears; only the flame rages, and destroys its prey! And yet, I look around and before me I see the wicked Count's son! MANRICO Ah! what are you saying? AZUCENA I had burned my own, my own son! MANRICO Ah! How horrible! AZUCENA Ah! My son! My son! I had burned my own son! MANRICO How terrible! Ah! how horrible! AZUCENA I can still feel the hair stand up on my head! |
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