“Un ballo in maschera”
by Giuseppe Verdi libretto (French ⇄ Italian)
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Riccardo, comte de Warwick (ténor) Amelia (soprano) Renato, secrétaire du gouverneur, mari d'Amelia (baryton) Oscar, page (soprano) Ulrica, devineresse (contralto) Samuele, ennemi du comte (basse) Tom, ennemi du comte (basse) Silvano, marin (baryton-basse) Un juge (ténor) Un serviteur d'Amelia (ténor) Députés, officiers, marins, gardes, peuple, gentilhommes, affidés de Samuel et Tom, serviteurs, masques, couples de danseurs (chœur) |
Riccardo, Conte di Warwich, Governatore di Boston (tenore) Renato, creolo, suo segretario e sposo di Amelia (baritono) Amelia (soprano) Ulrica, indovina di razza nera (contralto) Oscar, paggio (soprano) Silvano, marinaio (basso) Samuel, nemico del Conte (basso) Tom, nemico del Conte (basso) Un Giudice (tenore) Un Servo d'Amelia (tenore) Preludio |
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Première scène Un salon dans le palais du Gouverneur (Au fond l’entrée de ses appartements. C’est le matin. Des députés, des gentilshommes, des gens du peuple, des officiers, sur le devant Samuel, Tom et leurs partisans. Tous attendent Riccardo.) OFFICIERS et GENTILSHOMMES Tu peux reposer en paix Et faire de beaux rêves, ô Riccardo. L’amour d’un monde vierge Veille sur ta demeure. Tu peux reposer en paix, etc. SAMUEL, TOM et LEURS PARTISANS La haine de ceux qui sont tombés Par ton œuvre veille pour te punir. L’oubli n’est pas, comme tu l’espérais, Descendu sur ces tristes tombeaux. SAMUEL et TOM Non, non. SAMUEL, TOM et LEURS PARTISANS L’oubli n’est pas, etc. (Oscar arrive de l’appartement du Comte.) |
Scena prima Una sala nella casa del Governatore (In fondo, l’ingresso delle sue stanze. È il mattino. Deputati, gentiluomini, popolani, uffiziali, sul dinanzi Samuel, Tom e loro aderenti tutti in attesa di Riccardo.) UFFICIALI e GENTILUOMINI Posa in pace, a’ bei sogni ristora, O Riccardo, il tuo nobile cor. A te scudo su questa dimora Sta d’un vergine mondo l’amor. Posa in pace, ecc. SAMUEL, TOM e LORO ADERENTI E sta l’odio, che prepara il fio, Ripensando ai caduti per te. Come speri, disceso l’oblio Sulle tombe infelici non è. SAMUEL e TOM No, no. SAMUEL, TOM e LORO ADERENTI Come speri, ecc. (Oscar entra dalle stanze del Conte.) |
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OSCAR Voici le Comte. RICCARDO (entrant et saluant l’assistance) Amis – soldats – (aux députés qui lui donnent des placets) Et vous que j’aime pareillement ! Donnez : Comptez sur moi – je dois Veiller sur mes enfants, pour que soient Exaucés tous leurs justes souhaits. Le pouvoir est inique, s’il ne sèche pas Les larmes des sujets, et ne vise pas À une gloire sans tache. OSCAR (à Riccardo) Voulez-vous voir Les invitations au bal ? RICCARDO Aurais-tu oublié Quelque beauté ? OSCAR (lui présentant un papier) Voici les noms. RICCARDO (lisant, à part) Amelia – ah, encore elle ! Mon âme Ravie à cette pensée oublie toute grandeur ! Je la reverrai dans l’extase, Rayonnante de blancheur, Et je l’entendrai Parler d’amour, parler d’amour ! Oh, douce nuit, tu peux Tomber, couronnée de joyaux, |
OSCAR S’avanza il Conte. RICCARDO (entrando e salutando gli astanti) Amici miei – soldati – (ai deputati nel ricevere delle suppliche) E voi del par diletti a me! Porgete: A me, a me s’aspetta – io deggio Sui miei figli vegliar, perché sia pago Ogni voto, se giusto. Bello il poter non è, che dei soggetti Le lagrime non terge, e ad incorrotta Gloria non mira. OSCAR (a Riccardo) Leggere vi piaccia Delle danze l’invito. RICCARDO Avresti alcuna Beltà dimenticato? OSCAR (porgendogli un foglio) Eccovi i nomi. RICCARDO (leggendolo tra sé) Amelia – ah, dessa ancor! L’anima mia In lei rapita ogni grandezza oblia! La rivedrà nell’estasi Raggiante di pallore, E qui sonar d’amore La sua parola udrà, sonar d’amore. O dolce notte, scendere Tu puoi gemmata a festa: |
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Mais aucune de tes étoiles N’égalera la mienne ! Elle est mon étoile ! OSCAR, OFFICIERS et GENTILSHOMMES Tout entier, absorbé Dans ses pensées généreuses Il ne se préoccupe Que de notre bien. SAMUEL, TOM et LEURS PARTISANS L’heure n’est pas venue d’agir, Ici tout nous en empêche. Il vaut mieux quitter Cette demeure ennemie. RICCARDO (à Oscar) Va avec eux par là attendre mes ordres. (Tout le monde s’éloigne. Oscar qui sort le dernier croise Renato sur le seuil.) OSCAR (à Renato) Vous avez le champ libre. RENATO (à part) Comme il semble triste ! RICCARDO (à part) Amelia ! RENATO (s’inclinant) Comte ! RICCARDO (à part) Ah, mon Dieu ! Son époux ! |
Ah, ma la mia stella è questa, Che il ciel non ha! quest’è mia stella! OSCAR, UFFIZIALI e GENTILUOMINI Con generoso affetto Entro sé stesso assorto Il nostro bene oggetto De’ suoi pensier farà. SAMUEL, TOM e LORO ADERENTI L’ora non è, ché tutto Qui d’operar ne toglie. Dalle nemiche soglie Meglio l’uscir sarà. RICCARDO (ad Oscar) Il cenno mio di là con essi attendi. (Tutti s’allontanano. Oscar, l’ultimo, incontra Renato al limitare.) OSCAR (a Renato) Libero è il varco a voi. RENATO (tra sé) Deh, come triste appar! RICCARDO (tra sé) Amelia! RENATO (chinandosi) Conte... RICCARDO (tra sé) Oh ciel! lo sposo suo! |
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RENATO Vous êtes soucieux, Monseigneur, alors que votre nom est l’objet de louanges universelles ? RICCARDO C’est beaucoup pour la gloire, ce n’est rien pour le cœur. Une peine secrète et cruelle m’accable. RENATO Laquelle ? RICCARDO Ah non... il suffit... RENATO Je vous en dirai, moi, la raison. RICCARDO (à part) Grand Dieu ! RENATO Je sais tout... RICCARDO Quoi ? RENATO Je sais tout. Ce palais lui-même n’est plus pour toi un lieu de sûreté. RICCARDO Poursuis. |
RENATO Turbato il mio signor, mentre dovunque Il nome suo inclito suona? RICCARDO Per la gloria è molto, nulla pel cor. Segreta, acerba cura m’opprime. RENATO E d’onde? RICCARDO Ah no...non più... RENATO Dirolla io la cagion. RICCARDO (tra sé) Gran Dio! RENATO So tutto... RICCARDO E che? RENATO So tutto. Già questa soglia istessa Non t’è securo asilo. RICCARDO Prosegui. |
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RENATO Un complot criminel se trame dans l’ombre et menace tes jours. RICCARDO (avec joie) Ah... c’est de cela que tu parles ? Tu ne sais rien d’autre ? RENATO Si tu veux connaître les noms – RICCARDO À quoi bon ? Je les méprise. RENATO Mon devoir est de les dévoiler. RICCARDO Tais-toi : je devrais Alors me souiller de leur sang. Impossible, Je ne le veux pas. Que l’amour de mon peuple Me préserve et que Dieu me protège. RENATO À la vie qui te sourit, Pleine d’espérance et de joie, Est lié le destin De milliers d’autres vies. Si tu meurs, que deviendront la patrie Et son glorieux avenir ? Crois-tu que l’amour de ton peuple Sera un bouclier Assez fort pour détourner Les poignards de ton cœur ? |
RENATO Un reo disegno nell’ombre si matura, I giorni tuoi minaccia. RICCARDO (con gioia) Ah!...gli è di ciò che parli? Altro non sai? RENATO Se udir ti piace i nomi – RICCARDO Che importa? Io li disprezzo. RENATO Svelarli è mio dover. RICCARDO Taci: nel sangue Contaminarmi allor dovrei. Non fia, Nol vo’. Del popol mio L’amor mi guardi, e mi protegga Iddio. RENATO Alla vita che t’arride Di speranze e gaudio piena, D’altre mille e mille vite II destino s’incatena! Te perduto, ov’è la patria Col suo splendido avvenir? E sarà dovunque, sempre Chiuso il varco alle ferite, Perché scudo del tuo petto È del popolo l’affetto? |
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La haine est plus prompte que l’amour À frapper ses victimes. Si tu meurs, etc. OSCAR (entrant) Le premier juge. RICCARDO Qu’il entre. LE JUGE (lui présentant des dépêches à signer) Comte ! RICCARDO Que vois-je ? – Le bannissement d’une femme ? Pourquoi ? Quel est son nom ? – De quoi est-elle coupable ? LE JUGE Elle s’appelle Ulrica – de la race Immonde des nègres. OSCAR Auprès d’elle, on accourt en foule de tous côtés. Elle est de l’avenir la grande devineresse – LE JUGE Qui dans son antre abject Réunit les pires malfaiteurs ; on la soupçonne, En outre, de les pousser au crime. Elle mérite l’exil, Ne vous opposez pas à mes vœux. |
Dell’amor più desto è l’odio Le sue vittime a colpir. Te perduto, ecc. OSCAR (entrando) Il primo giudice. RICCARDO S’avanzi. GIUDICE (offrendogli dispacci a firmare) Conte! RICCARDO Che leggo! – il bando ad una donna? Or d’onde? Qual è il suo nome? – di che rea? GIUDICE S’appella Ulrica – dell’immondo Sangue de’ negri. OSCAR Intorno a cui s’affollano tutte le stirpi. Del futuro l’alta divinatrice – GIUDICE Che nell’antro abietto Chiama i peggiori, d’ogni reo consiglio Sospetta già. Dovuto è a lei l’esilio: Né muta il voto mio. |
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RICCARDO (à Oscar) Qu’en dis-tu ? OSCAR Je veux la défendre. Son front terreux Tourné vers les étoiles, Il faut voir étinceler Son regard Lorsqu’elle prédit Aux belles le dénouement Triste ou heureux De leur amour ! Et Lucifer Lui donne toujours raison ! Et Lucifer, etc. RICCARDO Quel couple charmant – Quel protecteur ! OSCAR Celui qui touche Sa robe prophétique, Qu’il doive traverser les mers Ou partir à la guerre, Apprendra d’elle, Le cœur empli de doutes, Son sort futur Qu’il soit doux ou amer Et Lucifer Lui donne toujours raison ! Et Lucifer, etc. |
RICCARDO (ad Oscar) Che ne di’ tu? OSCAR Difenderla vogl’io. Volta la terrea Fronte alle stelle Come sfavilla La sua pupilla, Quando alle belle Il fin predice Mesto o felice Dei loro amor! È con Lucifero D’accordo ognor! È con Lucifero, ecc. RICCARDO Che vaga coppia, Che protettor! OSCAR Chi la profetica Sua gonna afferra, O passi ‘I mare, Voli alla guerra, Le sue vicende Soavi, amare Da questa apprende Nel dubbio cor. È con Lucifero D’accordo ognor! È con Lucifero, ecc. |
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LE JUGE Qu’elle soit condamnée. OSCAR (au Comte) Daignez l’épargner. RICCARDO Eh bien, appelez tout le monde. (Renato et Oscar invitent tous ceux qui étaient sortis à rentrer dans le salon.) Je vais vois confier mes pensées. Messieurs : je vous convie aujourd’hui À la maison d’Ulrica, J’y serai moi-même mais sous Un autre costume. RENATO Vraiment ? vraiment ? RICCARDO Oui, je veux savourer cette scène. RENATO L’idée n’est pas prudente. RICCARDO Elle est, au contraire, excellente Et nous promet bien du plaisir. RENATO N’importe qui pourrait T’y reconnaître. |
GIUDICE Sia condannata. OSCAR (verso il Conte) Assolverla degnate. RICCARDO Ebben: tutti chiamate: (Renato ed Oscar invitano a rientrare gli usciti.) Or v’apro un mio pensier. Signori: oggi d’Ulrica Alla magion v’invito, Ma sotto altro vestito. Io là sarò. RENATO Davver? davver? RICCARDO Sì, vo’ gustar la scena. RENATO L’idea non è prudente. RICCARDO La trovo anzi eccellente, Feconda di piacer. RENATO Te ravvisar taluno Ivi potria. |
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RICCARDO Crainte folle ! SAMUEL et TOM (avec un sourire moqueur) Ma foi, voilà un conseiller Qui a peur de tout. RICCARDO (à Oscar) Et toi, prépare-moi un costume De pêcheur. SAMUEL, TOM et LEURS PARTISANS Qui sait Si tout cela n’ouvrira pas Un chemin à la vengeance ? RICCARDO Ne nous soucions plus que de notre plaisir, Et courons tous à la maison magique : Que chacun, mêlé à la foule crédule Se laisse aller et s’amuse avec moi. RENATO Courons-y donc, mais que nos soupçons surveillent Les périls qui rôdent alentour. Mais protégeons ce cœur magnanime Qui ne connaît pas la crainte. OSCAR La sorcière connaît bien des choses, Et il vaut mieux que je l’interroge aussi ; J’apprendrai si les étoiles me favorisent, Quelle bonne fortune va bientôt me sourire. |
RICCARDO Qual tema! SAMUEL e TOM (sogghignando) Ve’, ve’, di tutto trema Codesto consiglier. RICCARDO (ad Oscar) E tu m’appronta un abito Da pescator. SAMUEL, TOM e LORO ADERENTI Chi sa Che alla vendetta l’adito Non s’apra alfin colà? RICCARDO Ogni cura si doni al diletto, E s’accorra nel magico tetto: Tra la folla de’ creduli ognuno S’abbandoni e folleggi con me. RENATO E s’accorra, ma vegli ’I sospetto Sui perigli che fremono intorno. Ma protegga il magnanimo petto A chi nulla paventa per sé. OSCAR L’indovina ne dice di belle, E sta ben che l’interroghi anch’io; Sentirò se m’arridon le stelle, Di che sorti benefica m’è. |
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RICCARDO Ne nous occupons que de notre plaisir. RENATO Allons-y, mais soyons en garde. RICCARDO Ainsi, messieurs, je vous attends Incognito, à trois heures, Dans l’antre de l’oracle, Aux pieds de la grande magicienne. TOUS Nous serons tous là avec toi, Incognito, à trois heures, Dans l’antre de l’oracle, Aux pieds de la grande magicienne. RENATO Allons-y, etc. SAMUEL, TOM et LEURS PARTISANS Veillons sans cesse à notre objet, Sachons saisir l’instant propice, Peut-être l’astre qui le gouverne S’éteindra-t-il dans cet abîme. RICCARDO Ne nous occupons que de notre plaisir, Et rendons-nous à la maison fatidique : Aujourd’hui, il faut rire et s’amuser ; C’est ce qui fait le sel de notre vie. |
RICCARDO Ogni cura si doni al piacer. RENATO E s’accorra e si vegli. RICCARDO Dunque, signori, aspettovi, Incognito, alle tre, Nell’antro dell’oracolo, Della gran maga al piè. TUTTI Teco sarem di subito Incogniti, alle tre, Nell’antro dell’oracolo, Della gran maga al piè. RENATO E s’accorra, ecc. SAMUEL, TOM e ADERENTI Senza posa vegliamo all’intento, Né si perda ove scocchi il momento, Forse l’astro che regge il suo fato Nell’abisso là spegnersi de’. RICCARDO Ogni cura si doni al diletto, E s’accorra al fatidico tetto: Per un dì si folleggi, si scherzi; Mai la vita più cara non è. |
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TOUS Qu’un peu de folie enfin ensoleille Cette vie que le ciel nous a donnée. Qu’un peu de folie, etc. OSCAR Elle me dira si mon étoile m’est propice, Quels présages me sont faits par sa voix. Elle me dira, etc. RENATO Protégeons ce cœur magnanime Qui ne connaît pas la crainte. SAMUEL, TOM et LEURS PARTISANS Peut-être – l’astre, etc. RICCARDO À trois heures, à trois heures. Ainsi, messieurs, je vous attends, Incognito, à trois heures, Dans l’antre de l’oracle, Aux pieds de la grande magicienne. TOUS À trois heures, à trois heures. Nous serons tous là avec toi, Incognito, à trois heures, Dans l’antre de l’oracle, Aux pieds de la grande magicienne. |
TUTTI Alfin brilli d’un po’ di follia Questa vita che il cielo ne diè. Alfin brilli, ecc. OSCAR Sentirò se m’arridon le stelle, Qual presagio le dettan per me. Sentirò, ecc. RENATO Ma protegga il magnanimo petto A chi nulla paventa per sé. SAMUEL, TOM e ADERENTI Forse l’astro, ecc. RICCARDO Alle tre, alle tre. Dunque, signori, aspettovi, Incognito, alle tre, Nell’antro dell’oracolo, Della gran maga al piè. TUTTI Alle tre, alle tre. Teco sarem di subito, Incogniti, alle tre, Nell’antro dell’oracolo, Della gran maga al piè. |
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Deuxième scène La masure de la devineresse (À gauche, une cheminée, le feu allumé ; la chaudière magique fume sur un trépied ; du même côté, la porte d’un recoin obscur. Sur le côté droit, un escalier en colimaçon qui cache une petite porte dérobée. Au fond, l’entrée principale avec une fenêtre sur le côté. Au milieu une table rustique. Au fond, des hommes et des femmes du peuple. Ulrica, près de la table ; un peu à l’écart un jeune homme et une jeune fille qui lui demandent la bonne aventure.) FEMMES et JEUNES ENFANTS Silence... ne troublons pas le charme. Le démon va bientôt lui parler ! ULRICA Roi de l’abîme, hâte-toi, Élance-toi à travers l’éther, Et sans faire appel à ta foudre, Pénètre sous mon toit. Trois fois déjà, le hibou A poussé son cri sinistre ; La salamandre ignivore A sifflé trois fois, Et le gémissement des tombeaux A résonné trois fois à mes oreilles. (Riccardo, en costume de pêcheur ; s’avance dans la foule, sans apercevoir aucun de ses amis.) RICCARDO J’arrive le premier. FEMMES DU PEUPLE Arrière, malappris. |
Scena seconda L’abituro dell’indovina. (A sinistra un camino; il fuoco è acceso, e la caldaia magica fuma sovra un treppiè; dallo stesso lato l’uscio d’un oscuro recesso. Sul fianco a destra una scala a chiocciola che nasconde una piccola porta segreta. Nel fondo l’entrata della porta maggiore con ampia finestra da lato. In mezzo una rozza tavola. Nel fondo uomini e donne del popolo. Ulrica presso Ia tavola; poco discosti un fanciullo ed una giovinetta ci le domandano la buona ventura.) DONNE e FANCIULLI Zitti...l’incanto non dessi turbare. Il demonio tra breve halle a parlare! ULRICA Re dell’abisso, affrettati, Precipita per l’etra, Senza librar la folgore Il tetto mio penetra. Omai tre volte l’upupa Dall’alto sospirò; La salamandra ignivora Tre volte sibilò, E delle tombe il gemito Tre volte a me parlò. (Entra Riccardo, vestito da pescatore, avanza tra la folla, né scorge alcuno de’ suoi.) RICCARDO Arrivo il primo! POPOLANE Villano, dà indietro. |
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TOUS Ah, quelle sinistre lueur ! ULRICA C’est lui, c’est lui ! par ces frissons, Comme je sens maintenant Brûler à nouveau en moi la volupté De sa terrible étreinte ! Il tient dans sa main gauche Le flambeau de l’avenir. Il a répondu à ma conjuration, Il a rallumé le feu : Rien ne pourra plus désormais Rester caché à mon regard ! TOUS Vive la magicienne ! ULRICA Silence, silence ! (Silvano entre, fendant la foule.) SILVANO Place, au large, je veux connaître ma destinée. Je suis au service du Comte ; je suis son matelot : Plus d’une fois, j’ai bravé la mort pour lui ; Voici quinze ans que j’endure une pénible existence, Voici quinze ans que l’on n’a rien fait pour moi. ULRICA Et que veux-tu ? SILVANO Que me vaudra d’avoir versé Mon sang ? |
TUTTI Oh, come tutto riluce di tetro! ULRICA È lui, è lui! ne’ palpiti Come risento adesso La voluttà riardere Del suo tremendo amplesso! La face del futuro Nella sinistra egli ha. M’arrise al mio scongiuro, Rifolgorar la fa: Nulla, più nulla ascondersi Al guardo mio potrà! TUTTI Evviva la maga! ULRICA Silenzio, silenzio! (Silvano entra, rompendo la calca.) SILVANO Su, fatemi largo, saper vo’ il mio fato. Son servo del Conte: son suo marinaro: La morte per esso più volte ho sfidato; Tre lustri son corsi del vivere amaro, Tre lustri che nulla s’è fatto per me. ULRICA E chiedi? SILVANO Qual sorte pel sangue versato Mi attende. |
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RICCARDO (à part) Il parle en vrai soldat. ULRICA (à Silvano) Ta main. SILVANO Tenez. ULRICA Tu peux te réjouir : Tu auras bientôt de l’or et un grade. (Riccardo sort de sa poche un rouleau, sur lequel il écrit.) SILVANO Vous moquez-vous ? ULRICA Aie confiance. RICCARDO (Il met le rouleau dans la poche de Silvano qui ne s’en aperçoit pas.) Il ne faut pas qu’elle mente. SILVANO Cette belle prophétie mérite récompense. (En fouillant dans sa poche, il trouve le rouleau sur lequel il lit, enchanté :) « Riccardo à son cher Silvano, officier. » Sacrebleu ! Je ne rêve pas ! De l’or et un grade ! |
RICCARDO (a parte) Favella da franco soldato. ULRICA (a Silvano) La mano. SILVANO Prendete. ULRICA Rallegrati omai: In breve dell’oro e un grado t’avrai. (Riccardo ritrae un rotolo e vi scrive su.) SILVANO Scherzate? ULRICA Va pago. RICCARDO (Mette il rotolo in tasca a Silvano, che non s’avvede.) Mentire non de’. SILVANO A fausto presagio ben vuolsi mercé. (Frugando trova il rotolo su cui legge estatico:) “Riccardo al suo caro Silvano uffiziale.” Per bacco! Non sogno! dell’oro e un grado! |
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LE CHŒUR Vive notre immortelle sybille Qui comble tout le monde de richesses et de joie ! (On entend frapper à la porte dérobée.) TOUS On trappe ! RICCARDO (à part) Que vois-je, par la porte secrète, Un serviteur d’Amelia ! LE SERVITEUR (bas à Ulrica, mais entendu de Riccardo) Écoutez, ma maîtresse Qui attend là dehors, voudrait vous Consulter en secret. RICCARDO (à part) Amelia ! ULRICA Qu’elle entre, j’éloigne tout le monde. (Le serviteur sort.) RICCARDO (à part) Sauf moi ! (Il se cache dans le cabinet.) ULRICA (se tournant vers l’assistance) Afin de pouvoir vous répondre Il faut d’abord que je m’abouche avec Satan ; Sortez : laissez-moi scruter la vérité. |
CORO Evviva la nostra Sibilla immortale, Che spande su tutti ricchezze e piacer! (S’ode picchiare alla porta segreta.) TUTTI Si batte! RICCARDO (tra sé) Che veggo, sull’uscio segreto, Un servo d’Amelia! SERVO (sommessamente ad Ulrica, ma inteso da Riccardo) Sentite: la mia Signora, che aspetta là fuori, vorria Pregarvi in segreto d’arcano parer. RICCARDO (tra sé) Amelia! ULRICA S’inoltri, ch’io tutti allontano. (Il servo parte.) RICCARDO (tra sé) Non me! (Si nasconde nel gabinetto.) ULRICA (si volge agli astanti) Perché possa rispondere a voi E d’uopo che innanzi m’abbocchi a Satana; Uscite: lasciate ch’io scruti nel ver. |
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TOUS Sortons : laissons-la scruter la vérité. (Pendant que tous s’éloignent, Riccardo se cache. Amelia entre.) ULRICA Qu’est-ce qui vous trouble ainsi ? AMELIA Une peine Secrète, cruelle, que m’inflige l’amour – RICCARDO (à part) Que dit-elle ? ULRICA Et que cherchez-vous ? AMELIA La paix – arracher de mon cœur Où il règne, fatal et adoré, Celui – que le ciel à tous nous a donné comme maître. RICCARDO (à part, bouleversé de joie) Qu’entends-je ! Mon amour ! ULRICA Vous pouvez obtenir l’oubli. Je connais une liqueur secrète, faite d’une herbe magique, qui transforme les cœurs. Mais celui qui en a besoin doit aller la cueillir de sa main, au cœur de la nuit, et dans un lieu funèbre. AMELIA Où cela ? |
TUTTI Usciamo: si lasci che scruti nel ver. (Mentre tutti s’allontanano, Riccardo s’asconde. Amelia entra.) ULRICA Che v’agita così? AMELIA Segreta, acerba Cura che amor destò – RICCARDO (tra sé) Che ascolto! ULRICA E voi cercate? AMELIA Pace – svellermi dal petto Chi sì fatale e desiato impera! Lui – che su tutti il ciel arbitro pose. RICCARDO (tra sé, con viva emozione di gioia) Che ascolto! Anima mia! ULRICA L’oblio v’è dato. Arcane stille Conosco d’una magic’erba, Che rinnovella il cor. Ma chi n’ha D’uopo spiccarla debbe di sua man Nel fitto delle notti. Funereo è il loco. AMELIA Ov’è? |
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ULRICA Oserez-vous y aller ? AMELIA (résolue) Oui – où que ce soit. ULRICA Alors, écoutez : À l’ouest de la ville, La où la lune blême Éclaire le recoin le plus sombre De ce champ monstrueux... Va cueillir l’herbe qui pousse Au pied des pierres infâmes, Où le crime est expié Par le dernier soupir ! AMELIA Mon Dieu ! En ce lieu ! ULRICA Épouvantée, vous tremblez déjà ? RICCARDO (à part) Pauvre ange ! ULRICA Vous défaillez ? AMELIA Je suis glacée d’épouvante – ULRICA Mais oserez-vous ? |
ULRICA L’osate voi? AMELIA (risoluta) Sì – qual esso sia. ULRICA Dunque ascoltate: Della città all’occaso, Là dove al tetro lato Batte la luna pallida Sul campo abominato... Abbarbica gli stami, A quelle pietre infami, Ove la colpa scontasi Coll’ultimo sospir! AMELIA Mio Dio! Qual loco! ULRICA Attonita e già tremante siete? RICCARDO (tra sé) Povero cor! ULRICA V’esanima? AMELIA Agghiaccio – ULRICA E l’oserete? |
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AMELIA Si tel est mon devoir J’en trouverai la force. ULRICA Cette nuit ? AMELIA Oui. RICCARDO (à part) Tu ne seras pas seule, Car je t’y suivrai. AMELIA Accorde-moi, Seigneur, La vertu qui purifiera mon cœur, Et que cet ardent frisson S’apaise, en mon sein. ULRICA Va, ne crains rien, ce charme Saura sécher tes larmes. Ose – et tu boiras avec cet élixir L’oubli de tes souffrances. RICCARDO Je brûle d’amour, et je suis décidé À la suivre jusque dans l’enfer même, Puisque je pourrai ainsi respirer, Amelia, Le souffle de tes soupirs. DES VOIX (au fond) Fille de l’enfer, ouvre la porte, Nous voulons te voir sans plus tarder. |
AMELIA Se tale è il dover mio Troverò possa anch’io. ULRICA Stanotte? AMELIA Sì. RICCARDO (tra sé) Non sola: Ché te degg’io seguir. AMELIA Consentimi, o Signore, Virtù ch’io lavi ‘I core, E l’infiammato palpito Nel petto mio sopir. ULRICA Va, non tremar, l’incanto Inaridisce il pianto. Osa – e berrai nel farmaco L’oblio de’ tuoi martir. RICCARDO Ardo, e seguirla ho fisso Se fosse nell’abisso, Pur ch’io respiri, Amelia, L’aura de’ tuoi sospir. VOCI (dal fondo) Figlia d’averno, schiudi la chiostra, E tarda meno a noi ti mostra. |
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ULRICA (à Amelia) Vite, partez. AMELIA Cette nuit. (Elle s’enfuit par la porte dérobée.) RICCARDO (à part) Tu ne seras pas seule, Car je t’y suivrai ! ULRICA Adieu. (Ulrica ouvre l’entrée principale. Entrent Samuel, Tom et leurs partisans, Oscar ; des gentilshommes et des officiers, bizarrement déguisés, auxquels va se joindre Riccardo.) LE CHŒUR Allons, prophétesse, monte sur ton trépied ; Chante le futur, monte sur ton trépied. OSCAR Mais où est le Comte ? RICCARDO (s’approchant de lui) Tais-toi, cache-lui qui je suis. (puis, se tournant rapidement vers Ulrica) Allons, sibylle, toi qui sais tout, Pare-moi donc de mon étoile. LE CHŒUR Chante le futur, chante le futur ! |
ULRICA (ad Amelia) Presto, partite. AMELIA Stanotte. (Fugge per la porta segreta.) RICCARDO (tra sé) Non sola: Che te degg’io seguir! ULRICA Addio. (Ulrica apre l’entrata maggiore. Entrano Samuel, Tom e aderenti, Oscar; gentiluomini e uffiziali travestiti bizzarramente, ai quali s’unisce Riccardo.) CORO Su, profetessa, monta il treppiè; Canta il futuro, monta il treppiè. OSCAR Ma il Conte ov’è? RICCARDO (fattosi presso a lui) Taci, nascondile che qui son io. (poi vôlto rapidamente ad Ulrica) Or tu, Sibilla, che tutto sai, Della mai stella mi parlerai. CORO Canta il futuro, canta il futuro! |
| libretto by Antonio Somma |
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