La forza del destino

by Giuseppe Verdi libretto (Italian French)


Personaggi

Il marchese di Calatrava (basso)
Donna Leonora, figlia del marchese (soprano)
Don Carlo di Vargas, figlio del marchese (baritono)
Don Alvaro (tenore)
Padre guardiano, francescano (basso)
Fra Melitone, francescano (baritono buffo)
Preziosilla, giovane zingara (mezzosoprano)
Curra, cameriera di Leonora (mezzosoprano)
Un alcade (basso)
Mastro Trabuco, mulattiere, poi rivendugliolo (tenore buffo)
Un chirurgo, militare spagnolo (tenore)


Sinfonia

Rôles

Le marquis de Calatrava - Basse
Donna Leonora, sa fille - Soprano
Don Carlo di Vargas, son fils - Baryton
Don Alvaro, amant de Leonora - Ténor
Preziosilla, jeune bohémienne - Mezzo-soprano
Padre Guardiano, franciscain - Basse
Fra Melitone, franciscain - Baryton
Curra, camériste de Leonora - Soprano
Un Alcade - Basse
Maître Trabuco, muletier puis marchand ambulant - Ténor
Un chirurgien militaire espagnol - Ténor
Un grainetier espagnol - Basse


Ouverture

ATTO PRIMO

Siviglia

Una sala tappezzata di damasco con ritratti di famiglia
ed arme gentilizie, addobbata nello stile del secolo
18o, però in cattivo stato. Di fronte due finestre; quella
a sinistra è chiusa, l'altra a destra è praticabile, dalla
quale si vede un cielo purissimo, illuminato dalla luna,
e cime di alberi. Tra le finestre è un grande armadio
chiuso, contenente vesti, biancherie, ecc. Ognuna delle
pareti laterali ha due porte.

(Il Marchese di Calatrava, con lume in mano, sta
congedandosi da Donna Leonora, preoccupata; Curra
viene dalla sinistra.)


MARCHESE
Buona notte, mia figlia. Addio, diletta.
Aperto ancora è quel veron.
(Va a chiuderlo.)

LEONORA (fra sé)
Oh, angoscia!

MARCHESE
Nulla dice il tuo amor?
Perché sì triste?

PREMIER ACTE

Séville
(Une salle tendue de damas, avec des portraits de
famille et des armes de noblesse, ornée dans le style du
XVIIIe siècle mais passablement délabrée. Dans le fond,
deux fenêtres : celle de gauche est fermée ; celle de
droite est ouverte et permet de voir un ciel tout
dégagé, avec un beau clair de lune et la cime des
arbres. Entre les fenêtres, une grande armoire fermée,
qui contient des vêtements, du linge, etc. Chacun des
murs latéraux est percé d'une porte.
(Le Marquis de Calatrava, un flambeau à la main,
prend congé pour la nuit de Leonora qui reste
préoccupée. Curra entre par la gauche.)


LE MARQUIS
Bonne nuit, ma fille. Adieu, ma chérie.
Ce balcon est encore ouvert !
(Il va le fermer.)

LEONORA (à part)
Ah, quelle angoisse !

LE MARQUIS
Ton amour se tait ?
Pourquoi es-tu si triste ?

LEONORA
Padre...Signor...

MARCHESE
La pura aura de' campi
pace al tuo cor donava.
Fuggisti lo straniero di te indegno.
A me lascia la cura dell'avvenir;
nel padre tuo confida che t'ama tanto.

LEONORA
Ah, padre!

MARCHESE
Ebben, che t'ange? Non pianger.

LEONORA (fra sé)
Oh, rimorso!

MARCHESE
Ti lascio.

LEONORA
(gettandosi con effusione tra le braccia del padre)
Ah, padre mio!

MARCHESE
Ti benedica il cielo. Addio.
Addio.

LEONORA
Addio.
(Il marchese l'abbraccia, riprende il lume, e va nelle sue
stanze. Curra chiude la porta dietro il Marchese, e
riviene a Leonora la quale piange.)


LEONORA
Mon père... Monsieur.

LE MARQUIS
L'air pur de la campagne
avait calmé ton cœur.
Tu as fui cet étranger indigne de toi.
Laisse-moi donc prendre soin
de l'avenir. Fie-toi à ton père qui t'aime tant.

LEONORA
Ah, mon père !

LE MARQUIS
Eh bien, qu'as-tu donc ? Ne pleure pas.

LEONORA (à part)
Oh, quel remords !

LE MARQUIS
je te laisse.

LEONORA
(se jetant impulsivement dans ses bras)
Ah, mon cher père

LE MARQUIS
Que le ciel te bénisse.
Adieu.

LEONORA
Adieu.
(Le Marquis l'embrasse, et se retire dans sa chambre.
Curra ferme la porte par laquelle il est sorti et revient
vers Leonora qui pleure.)


CURRA
Temea restasse qui fino a domani!
Si riapra il veron.
Tutto s'appronti, e andiamo.
(Toglie dall'armadio un sacco da notte in cui ripone
biancheria e vesti.)

LEONORA
E sì amoroso padre,
avverso fia tanto ai voti miei?
No, no, decidermi non so.

CURRA
Che dite?

LEONORA
Quegli accenti nel cor,
come pugnali scendevanmi.
Se ancor restava,
appreso il ver gli avrei...

CURRA (smettendo il lavoro)
Domani allor nel sangue suo,
saria Don Alvaro,
od a Siviglia prigioniero,
e forse al patibol poi.

LEONORA
Taci!

CURRA
E tutto questo
perch'egli volle amar chi non l'amava.

CURRA
J'avais peur qu'il ne restât jusqu'à demain !
Rouvrons le balcon.
Préparons tout. Et partons.
(Elle sort de l'armoire un sac dans lequel elle entasse
du linge et des vêtements.)


LEONORA
Et ce père, qui m'aime tant,
resterait insensible à mes vœux ?
Non, non, je ne puis m'y résoudre.

CURRA
Que dites-vous ?

LEONORA
Ses mots me frappaient au cœur
comme des coups de poignard.
S'il était resté,
je lui aurais révélé la vérité...

CURRA (en cessant son travail)
Alors, demain aurait coulé
le sang de Don Alvaro,
ou il aurait été emprisonné
à Séville et peut-être promis au gibet.

LEONORA
Tais-toi.

CURRA
Et tout cela
pour avoir voulu aimer qui ne l'aimait pas.

LEONORA
Io non amarlo?
Tu ben sai s'io l'ami...
patria, famiglia, padre
per lui non abbandono?
Ahi, troppo, troppo sventurata sono!
Me pellegrina ed orfana,
lungi dal patrio nido,
un fato inesorabile
sospinge a stranio lido;
colmo di tristi immagini,
da' suoi rimorsi affranto,
è il cor di questa misera
dannato a eterno pianto, ecc.
Ti lascio, ahimè, ahimè, con lagrime
dolce mia terra, addio.
Ahimè, ahimè, non avrà termine
Per me sì gran dolore!
Addio.

CURRA
M'aiuti, signorina, più presto andrem.

LEONORA
S'ei non venisse?
(Guarda l'orologio.)
È tardi. Mezzanotte è suonata!
(contenta)
Ah no, più non verrà!

CURRA
Qual rumore!
Calpestio di cavalli!

LEONORA
Moi, je ne l'aime pas
Tu sais bien si je l'aime...
Est-ce que je n'abandonne pas pour lui ma patrie,
ma famille, mon père ?
Hélas, malheureuse ! Je suis trop malheureuse !
Errante et orpheline,
loin du toit paternel
un sort inexorable
m'entraîne vers un rivage inconnu.
Rempli de lugubres visions,
effrayé par le remords,
mon cœur est, par son désespoir
condamné à des pleurs éternels, etc.
Hélas, c'est dans les larmes que je te quitte,
ma chère patrie ! Adieu.
Hélas, une douleur aussi cruelle
ne finira jamais !
Adieu.

CURRA
Aidez-moi, mademoiselle. Nous irons plus vite.

LEONORA
Et s'il ne venait pas ?
(Elle regarde l'horloge.)
Il se fait tard. Minuit a sonné, déjà !
(contente)
Ah, non, il ne viendra plus !

CURRA
Ce bruit...
Un piétinement de chevaux !

LEONORA
È desso!

CURRA
Era impossibil ch'ei non venisse!

LEONORA
Oh Dio!

CURRA
Bando al timore.
(Don Alvaro entra dal verone e si getta tra le braccia di
Leonora.)


DON ALVARO
Ah, per sempre, o mio bell'angiol,
ne congiunge il cielo adesso!
L'universo in questo amplesso
io mi veggo giubilar.

LEONORA
Don Alvaro!

DON ALVARO
Ciel, che t'agita?

LEONORA
Presso è il giorno.

DON ALVARO
Da lung'ora
mille inciampi tua dimora
m'han vietato penetrar.
Ma d'amor sì puro e santo
nulla opporsi può all'incanto.

LEONORA
C'est lui!

CURRA
Il était impossible qu'il ne vînt pas !

LEONORA
Ciel !

CURRA
Chassez vos craintes.
(Don Alvaro entre par le balcon et se jette dans les bras
de Leonora.)


DON ALVARO
Ah, mon bel ange, c'est pour toujours
que le ciel désormais nous unit !
Et je sens en moi, à cette étreinte,
toute la joie de l'univers.

LEONORA
Don Alvaro !

DON ALVARO
Ciel, quel trouble t'agite ?

LEONORA
Le jour va poindre.

DON ALVARO
Depuis plusieurs heures
mille obstacles m'ont empêché
de pénétrer dans ta demeure ;
mais rien ne peut résister au pouvoir
d'un amour si pur et si saint

E Dio stesso il nostro palpito
in letizia, in letizia tramutò.
(a Curra)
Quelle vesti dal verone getta...

LEONORA (a Curra)
Arresta!

DON ALVARO (a Curra)
No, no...
(a Leonora)
Seguimi,
lascia, omai, la tua prigione...

LEONORA
Ciel! risolvermi non so.

DON ALVARO
Pronti i destrieri di già ne attendono,
un sacerdote ne aspetta all'ara.
Vieni, d'amore in sen ripara
che Dio dal cielo benedirà!
E quando il sole, nume dell'India,
di mia regale stirpe signore,
il mondo inondi del suo splendore,
sposi, o diletta, sposi, o diletta, ne troverà.

LEONORA
È tarda l'ora...

DON ALVARO (a Curra)
Su via, t'affretta!

LEONORA (a Curra)
Ancor sospendi...

et c'est Dieu lui-même qui a changé
en joie notre angoisse.
(à Curra)
Jette ces vêtements par la fenêtre.

LEONORA (à Curra}
Arrête !

DON ALVARO (à Curra)
Non, non...
(à Leonora)
Suis-moi.
quitte à jamais cette prison.

LEONORA
Ciel ! je ne puis m'y résoudre.

DON ALVARO
De rapides coursiers sont en bas.
et un prêtre nous attend devant l'autel...
Viens, berce en ton sein un amour
que Dieu bénit du haut du ciel !
Et quand le soleil, divinité de l'Inde
et seigneur de ma royale race
inondera le monde de sa splendeur,
ô ma bien-aimée, nous serons époux.

LEONORA
Il se fait tard.

DON ALVARO (à Curra)
Allons, dépêche-toi.

LEONORA (à Curra)
Attends encore...

DON ALVARO
Eleonora!

LEONORA
Diman...

DON ALVARO
Che parli?

LEONORA
Ten prego, aspetta.

DON ALVARO
Diman!

LEONORA
Dimani si partirà.
Anco una volta il padre mio,
povero padre, veder desìo;
e tu contento, gli è ver, ne sei?
Sì, perché m'ami, né opporti dei...
Anchi'io, tu il sai, t'amo io tanto!
Ne son felice, oh cielo, quanto!
Gonfio di gioia ho il cor! Restiamo...
Sì, mio Alvaro, io t'amo!, io t'amo!
(Piange.)

DON ALVARO
Gonfio hai di gioia il core, e lagrimi!
Come un sepolcro tua mano è gelida!
Tutto comprendo, tutto, Signora!

LEONORA
Alvaro! Alvaro!

DON ALVARO
Leonora !

LEONORA
Demain !...

DON ALVARO
Que dis-tu ?

LEONORA
Je t'en prie, attends !

DON ALVARO
Demain !

LEONORA
Nous partirons demain.
Je veux revoir encore une fois
mon père, mon pauvre père ;
tu le voudras bien, n'est-ce pas.
Oui, parce que tu m'aimes, tu ne peux refuser.
Moi aussi, tu le sais, je t'aime tant.
J'en suis heureuse, oh, ciel, si heureuse !
J'ai le cœur plein de joie ! Restons...
Oui, mon Alvaro, je t'aime, je t'aime !
(Elle pleure.)

DON ALVARO
Tu as le cœur plein de joie et tu pleures !
Ta main est froide comme la tombe !
je comprends tout, tout, madame !

LEONORA
Alvaro ! Alvaro
DON ALVARO
Eleonora!
lo sol saprò soffrire. Tolga Iddio
che i passi miei per debolezza segua;
sciolgo i tuoi giuri. Le nuziali tede
sarebbero per noi segnal di morte...
se tu, com'io, non m'ami, se pentita...

LEONORA
Son tua, son tua col core e colla vita!
Seguirti fino agl'ultimi
confini della terra;
con te sfidar impavida
di rio destin la guerra,
mi fia perenne gaudio
d'eterea voluttà.
Ti seguo. Andiam,
dividerci il fato non potrà.

DON ALVARO
Sospiro, luce ed anima
di questo cor che t'ama;
finché mi batte un palpito
far paga ogni tua brama
il solo ed immutabile
desio per me sarà.
Mi segui. Andiam,
dividerci il fato non potrà.
(S'avvicinano al verone, quando ad un tratto si sente a
sinistra un aprire e chiuder di porte.)


LEONORA
Quale rumor!

DON ALVARO
Leonora !
Seul, je saurai souffrir. A Dieu ne plaise
que tu suives mes pas par faiblesse.
Je te délie de ton serment. Les flambeaux
de l'hyménée signifieraient pour nous la mort,
si tu ne m'aimes pas comme je t'aime, si tu te repens...

LEONORA
Je suis à toi, à toi mon cœur et ma vie.
Ah, je te suivrai jusqu'aux derniers
confins de la terre ;
avec toi je défierai sans trembler
les coups du destin cruel,
j'en éprouverai une joie infinie,
une éternelle volupté,
je te suis... Partons,
le sort ne pourra nous séparer !

DON ALVARO
Soupir, lumière et âme
de ce cœur qui t'aime,
tant qu'il me restera un souffle de vie,
je n'aurai qu'un désir,
qu'un seul désir immuable,
exaucer ton moindre vœu.
Suis-moi... Partons,
le sort ne pourra nous séparer.
(Ils s'approchent du balcon lorsque, tout d'un coup, on
entend vers la gauche s'ouvrir et se fermer une porte.)

LEONORA
Quel est ce bruit ?

CURRA (ascoltando)
Ascendono le scale!

DON ALVARO
Partiam...

LEONORA
Partiam.

DON ALVARO e
LEONORA
Mi segui/Ti seguo, andiam,
dividerci il fato, no, no, non potrà.

LEONORA
È tardi!

DON ALVARO
Allor di calma è d'uopo.

CURRA
Vergin santa!

LEONORA (a Don Alvaro)
Colà t'ascondi.

DON ALVARO (traendo una pistola)
No! Difenderti degg'io.

LEONORA
Ripon quell'arma.
Contro al genitore vorresti?...

DON ALVARO
No, contro me stesso!

CURRA (en entendant)
On monte l'escalier !

DON ALVARO
Partons...

LEONORA
Partons.

DON ALVARO et
LEONORA
Suis-moi. Partons,
le sort ne pourra nous séparer.

LEONORA
Il est trop tard.

DON ALVARO
Alors, il faut rester calme.

CURRA
Sainte Vierge !

LEONORA (à Don Alvaro)
Cache-toi par là...

DON ALVARO (tirant un pistolet)
Non, je dois te protéger.

LEONORA
Laisse cette arme.
Voudrais-tu t'en servir contre mon père ?

DON ALVARO
Non, contre moi-même.

LEONORA
Orrore!
(Dopo vari colpi apresi con strepito la porta del fondo a
sinistra, ed il Marchese di Calatrava entra infuriato,
brandendo una spada, e seguito da due servi con lumi.)


MARCHESE
Vil seduttor! Infame figlia!

LEONORA (correndo ai suoi piedi)
No, padre mio.

MARCHESE
lo più nol sono.

DON ALVARO (al Marchese)
Il solo colpevole, colpevole, son io.
(presentandogli il petto)
Ferite, vendicatevi.

MARCHESE (a Don Alvaro)
No, la condotta vostra
da troppo abbietta origine
uscito vi dimostra.

DON ALVARO
Signor Marchese!

MARCHESE (a Leonora)
Scostati.
(ai servi)
S'arresti l'empio.

LEONORA
Horreur !
(On entend des coups, puis la porte s'ouvre à grand
bruit et le Marquis de Calatrava entre, furieux,
brandissant une épée, suivi de deux serviteurs qui
portent des flambeaux.)


LE MARQUIS
Vil séducteur ! Fille infâme !

LEONORA (courant se jeter à ses pieds)
Non, mon père.

LE MARQUIS
Je ne le suis plus.

DON ALVARO (au Marquis)
Je suis le seul coupable...
(lui montrant sa poitrine)
Frappez, vengez-vous...

LE MARQUIS (à Don Alvaro)
Non, votre conduite
ne démontre que trop quel sang abject
coule dans vos veines.

DON ALVARO
Monsieur le Marquis !

LE MARQUIS (à Leonora)
Éloigne-toi.
(aux serviteurs)
Emparez-vous de cet infâme.

DON ALVARO (cavando nuovamente la pistola)
Guai se alcun di voi si move.

LEONORA (correndo a lui)
Alvaro, oh ciel, che fai?

DON ALVARO (al Marchese)
Cedo a voi sol, ferite.

MARCHESE
Morir per mano mia!
Per mano del carnefice
tal vita estinta sia!

DON ALVARO
Signor di Calatrava!
Pura siccome gli angeli
è vostra figlia, il giuro:
reo son io solo. Il dubbio
che l'ardir mio qui desta,
si tolga colla vita. Eccomi inerme.
(Getta la pistola, che percuote al suolo, scarica il colpo,
e ferisce mortalmente il Marchese.)

MARCHESE
lo muoio!

DON ALVARO (disperato)
Arma funesta!

LEONORA (correndo al padre)
Aita!

DON ALVARO (ressortant son pistolet)
Malheur au premier qui bouge !

LEONORA (courant vers lui)
Alvaro, ô ciel, que fais-tu ?

DON ALVARO (au Marquis)
Je ne cède qu'à vous seul, frappez !

LE MARQUIS
Tu mourrais de ma main !
C'est la main du bourreau
qui mettra fin à tes jours.

DON ALVARO
Monsieur de Calatrava !
Je jure que votre fille
est pure comme un ange ;
je suis le seul coupable. Ce doute
que mon audace a éveillé en vous,
arrachez-le en m'ôtant la vie. Me voici désarmé.
(Il jette son pistolet qui part en heurtant le sol,
blessant mortellement le Marquis.)

LE MARQUIS
Je meurs !

DON ALVARO (désespéré)
Arme funeste !

LEONORA (courant à son père)
A l'aide !

MARCHESE (a Leonora)
Lungi da me!
Contamina tua vista la mia morte!

LEONORA
Padre!

MARCHESE
Ti maledico!
(Cade tra le braccia dei servi.)

LEONORA
Cielo, pietade!

ALVARO
Oh, sorte!
(I servi portano il Marchese alle sue stanze, mentre
Don Alvaro trae seco verso il verone la sventurata
Leonora.)


LE MARQUIS (à Leonora)
Loin de moi !
Ta vue déshonore ma mort.

LEONORA
Mon père

LE MARQUIS
Je te maudis !
(Il tombe dans les bras de ses serviteurs.)

LEONORA
Mon dieu, pitié !

DON ALVARO
Sort cruel !
(Les serviteurs emportent le Marquis dans sa chambre,
tandis que Don Alvaro entraîne vers la fenêtre la
malheureuse Leonora.)


ATTO SECONDO

Scena prima

Villaggio d'Hornachuelos
Grande cucina d'un osteria a pian terreno. Da un lato
gran tavola apparecchiata, con sopra una lucerna
accesa.

(L'oste e l'ostessa sono affaccendati ad ammannir la
cena. L'Alcade è seduto presso al fuoco; uno studente -
Don Carlo, il fratello di Leonora - è seduto presso la
tavola. Alquanti mulattieri, fra i quali Mastro Trabuco,
e contadini sono in scena.)



DEUXIÈME ACTE

Première scène

(Le village d'Hornachuelos
Une grand cuisine d'auberge. Sur le côté, une grande
table dressée sur laquelle on a posé une lanterne
allumée.

(L'aubergiste et sa femme sont occupés à préparer le
repas. L'Alcade est assis près du feu ; Don Carlo, le frère
de Leonora, déguisé en étudiant, est près de la table. Il
y a quelques muletiers, y inclus Maître Trabuco, et
quelques paysans et paysannes sur la scène.)


CORO
Holà! holà! holà!
Ben giungi, o mulattier,
la notte a riposar.
Holà! holà! holà!
Qui devi col bicchier
le forze ritemprar.
(L'ostessa mette sulla tavola una grande zuppiera.)

ALCADE (sedendosi alla mensa)
La cena è pronta.

TUTTI (prendendo posto presso la tavola)
A cena, a cena!

DON CARLO (fra sé)
Ricerco invan la suora e il seduttore...
Perfidi!

TUTTI (all'Alcade)
Voi la mensa benedite.

ALCADE
Può farlo il licenziato.

DON CARLO
Di buon grado.
In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti.

TUTTI (sedendo)
Amen.

LE CHŒUR
Holà, holà, holà !
Bienvenue, ô muletiers,
venez passer la nuit.
Holà, holà, holà !
Il faut ici, avec un bon verre,
reprendre des forces !
(L'hôtesse pose une grande soupière sur la table.)

L'ALCADE (s'asseyant à la table)
Le dîner est prêt !

TOUS (prenantplace à la table)
A table, à table !

DON CARLO (à part)
Je cherche en vain ma sœur et son séducteur,
les perfides !

LE CHŒUR (à l'Alcade)
Bénissez ce repas.

L'ALCADE
Je laisse faire le licencié.

DON CARLO
Volontiers.
In nomine Patris et Filii etSpiritus Sancti.

LE CHŒUR (s'asseyant)
Amen.

LEONORA
(presentandosi alla porta della stanza a destra, che
terrà socchiusa)
Che vedo! Mio fratello!
(Parte.)
(L'ostessa avrà già distribuito il riso e siede cogli altri.
In seguito è servito altro piatto. Trabuco è in disparte,
sempre appoggiato al suo basto.)


ALCADE (assaggiando)
Buono.

DON CARLO (mangiando)
Eccellente.

MULATTIERI
Par che dica, "mangiami, mangiami"

DON CARLO (all'ostessa)
Tu das epulis accumbere Divum.

ALCADE
Non sa il latino, ma cucina bene.

DON CARLO
Viva l'ostessa!

TUTTI
Evviva!

DON CARLO
Non vien, Mastro Trabuco?

TRABUCO
È venerdì.

LEONORA
(paraissant à la porte, habillée en homme)
Que vois-je ! Mon frère !
(Elle sort, l'hôtesse, ayant servi le riz, s'assied avec les
autres. Trabuco se tient à part, toujours appuyé sur son
bât.)


L'ALCADE (goûtant)
C'est bon.

DON CARLO (en mangeant)
Excellent.

LE CHŒUR
On jurerait que ça vous dit : «Mange-moi».

DON CARLO (à l'hôtesse)
Tu das epulis accumbere Divum.

L'ALCADE
Elle ne sait pas le latin, mais elle fait bien la cuisine.

DON CARLO
Vive l'hôtesse.

TOUS
Vive l'hôtesse.

DON CARLO
Maître Trabuco ne vient donc pas

TRABUCO
C'est vendredi.

DON CARLO
Digiuna?

TRABUCO
Appunto!

DON CARLO
E quella personcina con lei giunta?...
(Preziosilla entra.)

PREZIOSILLA
Viva la guerra!

TUTTI
Preziosilla! Brava, brava!

DON CARLO e
CORO
Qui, presso a me...

TUTTI
Tu la ventura dirne potrai.

PREZIOSILLA
Chi brama far fortuna?

TUTTI
Tutti il vogliam.

PREZIOSILLA
Correte allor soldati in Italia,
dov'è rotta la guerra contro al Tedesco.

TUTTI
Morte ai Tedeschi!

DON CARLO
Vous jeûnez ?

TRABUCO
Exactement.

DON CARLO
Et cette petite personne qui est arrivée avec vous ?
(Preziosilla entre, en sautillant.)

PREZIOSILLA
Vive la guerre !

TOUS
Preziosilla ! Bravo ! Bravo !

DON CARLO et
LE CHŒUR
Venez là, près de moi...

TOUS
Tu pourras nous dire la bonne aventure.

PREZIOSILLA
Qui veut faire fortune ?

TOUS
Nous le voulons tous.

PREZIOSILLA
Alors courez tous, soldats, en Italie,
où vient d'éclater la guerre contre les Allemands.

TOUS
Mort aux Allemands !

PREZIOSILLA
Flagel d'Italia eterno, e de' figliuoli suoi.

TUTTI
Tutti v'andrem, tutti v'andrem.

PREZIOSILLA
Ed io sarò con voi.

TUTTI
Viva!

PREZIOSILLA
Al suon del tamburo,
al brio del corsiero,
al nugolo azzurro
del bronzo guerrier;
dei campi al sussurro
s'esalta il pensiero!
È bella la guerra, è bella la guerra!
Evviva la guerra, evviva!

TUTTI
È bella la guerra! Evviva la guerra!

PREZIOSILLA (volgendosi all'uno e all'altro)
Se vieni, fratello,
sarai caporale;
e tu colonnello,
e tu generale;
il dio furfantello
dall'arco immortale
farà di cappello
al bravo uffizial...
È bella la guerra, evviva la guerra!

PREZIOSILLA
Fléau éternel de l'Italie et de ses fils.

TOUS
Nous irons tous.

PREZIOSILLA
Et je viendrai avec vous.

TOUS
Hourrah !

PREZIOSILLA
Le son du tambour,
la fougue des coursiers,
la nuée bleutée
des épées guerrières,
le murmure du camp,
exaltent nos pensées
La guerre est belle !
Vive la guerre.

TOUS
La guerre est belle ! Vive la guerre !

PREZIOSILLA (allant de l'un à l'autre)
Si tu viens, mon frère,
tu seras caporal,
et toi colonel,
et toi général.
Le petit dieu malin,
avec son arc immortel,
fera sa révérence
au brave officier.
La guerre est belle ! Vive la guerre !

TUTTI
È bella la guerra, evviva la guerra! ecc.

DON CARLO (Le presenta la mano.)
E che riserbasi allo studente?

PREZIOSILLA (guardando la mano)
Oh, tu miserrime vicende avrai!

DON CARLO
Che di'?

PREZIOSILLA (fissandolo)
Non mente il labbro mai...
(poi, sottovoce)
Ma a te, carissimo,
non presto fé...
Non sei studente,
non dirò niente,
ma, gnaffe, a me
non se la fa,
tra la la la!

TUTTI
Evviva la guerra, ecc.
(Un gruppo di pellegrini passa fuori.)


CORO DI PELLEGRINI (fuori)
Padre Eterno Signor,
pietà di noi.
Divin Figlio Signor,
pietà di noi.
Santo Spirito Signor,

TOUS
La guerre est belle ! Vive la guerre !

DON CARLO (lui présentant sa main)
Et que réserve le sort à l'étudiant ?

PREZIOSILLA (lisant sa main)
Oh, toi, tu auras une existence des plus malheureuses...

DON CARLO
Que dis-tu ?

PREZIOSILLA (le fixant avec les yeux)
Ma bouche ne ment jamais...
(puis à voix basse)
Mais, toi, mon cher ami,
je ne te crois pas.
Tu n'es pas étudiant.
Je ne dirai rien,
mais, ma foi, ce n'est pas moi
que tu berneras.
Tra la la la !

TOUS
Vive la guerre, etc.
(Des pèlerins passent au dehors.)

LES PÈLERINS (en coulisse)
Notre Père, notre Seigneur éternel,
aie pitié de nous.
Dieu le Fils, notre Seigneur,
aie pitié de nous.
Saint-Esprit, notre Seigneur,

pietà di noi.
Uno e Trino Signor,
pietà di noi.

TUTTI (alzandosi e scoprendosi la testa)
Chi sono?

ALCADE
Son pellegrini che vanno al giubileo.

LEONORA (ricomparendo agitatissima sulla porta)
Fuggir potessi!

DON CARLO e MULATTIERI
Che passino attendiamo.

ALCADE
Preghiam con lor.

TUTTI
Preghiamo.
(Lasciano la mensa e s'inginocchiano.)
Su noi prostrati e supplici
stendi la man, Signore;
dall'infernal malore
ne salvi tua bontà.
Signor, pietà.

LEONORA (fra sé)
Ah, dal fratello salvami
che anela il sangue mio;
se tu nol vuoi, gran Dio,
nessun mi salverà!
Signor, pietà!

aie pitié de nous.
Sainte Trinité.
aie pitié de nous.

TOUS (se levant et ôtant leurs chapeaux)
Qui sont ces gens ?

L'ALCADE
Ce sont des pèlerins qui vont au jubilé.

LEONORA (reparaissant, très agitée, à la même porte)
Si seulement je pouvais fuir !

DON CARLO et MULETIERS
Attendons qu'ils soient passés !

L'ALCADE
Prions avec eux.

TOUS
Prions.
(Ils quittent la table et s'agenouillent.)
Étends ta main, Seigneur,
sur nous qui te supplions, prosternés ;
que ta bonté nous protège
du mal et de l'enfer !
Seigneur, aie pitié.

LEONORA (à part)
Ah, protège-moi de mon frère,
qui veut verser mon sang :
si tu refuses, grand Dieu,
personne ne pourra me sauver !
Seigneur, aie pitié.

(Leonora rientra nella stanza chiudendone la porta.
Tutti riprendono i loro posti. Si passano un fiasco.)


DON CARLO
Viva la buona compagnia!

TUTTI
Viva!

DON CARLO (alzando il bicchiere)
Salute qui, l'eterna gloria poi...

TUTTI (facendo altrettanto)
Così sia.

DON CARLO
Già cogli angeli, Trabuco?

TRABUCO
E che? Con quest'inferno!

DON CARLO
E quella personcina con lei giunta,
venne pel giubileo?

TRABUCO
Nol so.

DON CARLO
Per altro, è gallo oppur gallina?

TRABUCO
De' viaggiator non bado che al danaro.

(Leonora rentre dans sa chambre, en fermant la porte.
Tout le monde regagne sa place. Les bouteilles
circulent.)


DON CARLO
Vive la bonne compagnie !

TOUS
Vivat !

DON CARLO (haussant son verre)
Ici-bas, la santé, et puis la gloire éternelle.

TOUS (faisant de même)
Ainsi soit-il.

DON CARLO
Vous êtes déjà avec les anges, Trabuco ?

TRABUCO
Comment le pourrais-je ? Avec l'enfer que vous menez!

DON CARLO
Et cette petite personne qui est venue avec vous,
elle vient pour le jubilé ?

TRABUCO
Je n'en sais tien.

DON CARLO
Au fait, est-ce un jeune coq ou une poulette ?

TRABUCO
Chez les voyageurs, je ne remarque que l'argent.

DON CARLO
Molto prudente! Molto prudente!
(poi, all'Alcade)
Ed ella che giungere la vide,
perché a cena non vien?

ALCADE
L'ignoro.

DON CARLO
Dissero chiedesse acqua ed aceto.
Ah, ah! Per rinfrescarsi.

ALCADE
Sarà.

DON CARLO
È ver ch'è gentile
e senza barba?

ALCADE
Non so nulla, non so nulla.

DON CARLO (fra sé)
Parlar non vuol!
(a Trabuco)
Ancora a lei:
stava sul mulo seduta
o a cavalcioni?

TRABUCO (impazientito)
Che noia!

DON CARLO
Onde veniva?

DON CARLO
C'est fort sage !
(puis à l'Alcade)
Et vous qui l'avez vue arriver...
pourquoi ne vient-elle pas manger ?

L'ALCADE
Je l'ignore.

DON CARLO
On dit qu'elle a demandé de l'eau et du vinaigre.
Ah, ah ! Pour se rafraîchir.

L'ALCADE
Peut-être.

DON CARLO
Est-il vrai qu'elle est gentille,
et qu'elle n'a pas de barbe ?

L'ALCADE
Je ne sais tien.

DON CARLO (à part)
Il ne veut pas parler !
(à Trabuco)
Dites-moi encore.
sur sa mule, se tenait-elle
assise ou à califourchon ?

TRABUCO (impatient)
Vous
m'ennuyez !

DON CARLO
D'où venait-elle ?

TRABUCO
So che andrò presto
o tardi in paradiso.

DON CARLO
Perché?

TRABUCO
Ella il purgatorio mi fa soffrir...

DON CARLO
Or dove va?

TRABUCO
ln istalla a dormir colle mie mule,
che non san di latino,
né sono baccellieri.
(Esce.)

TUTTI
Ah! ah! È fuggito!

DON CARLO
Poich'è imberbe l'incognito,
facciamgli col nero due baffetti;
doman ne rideremo.

TUTTI
Bravo! bravo! bravo! bravo!

ALCADE
Protegger debbo i viaggiator; m'oppongo.
Meglio farebbe dirne
d'onde venga,
ove vada, e chi ella sia.

TRABUCO
Je sais en tout cas que
moi, j'irai tôt ou tard au paradis.

DON CARLO
Pourquoi ?

TRABUCO
Parce qu'avec vous je suis au purgatoire.

DON CARLO
Mais où allez-vous donc ?

TRABUCO
A l'écurie, dormir avec mes mules,
qui ne savent pas le latin,
et qui ne sont pas bachelières.
(Il sort.)

TOUS
Ah, ah ! Il se sauve !

DON CARLO
Puisque cet inconnu est imberbe,
faisons-lui deux moustaches au charbon de bois,
demain nous en rirons.

TOUS
Bravo ! Bravo !

L'ALCADE
Je dois protéger le voyageur ; je m'y oppose.
Vous feriez mieux de nous dire
d'où vous venez,
vous allez, et qui vous êtes.

DON CARLO
Lo vuol saper? Ecco l'istoria mia.
Son Pereda, son ricco d'onore,
Baccelliere mi fe' Salamanca;
sarò presto in utroque dottore,
ché di studio ancor poco mi manca.
Di là Vargas mi tolse da un anno,
e a Siviglia con sé mi guidò.
Non trattenne Pereda alcun danno,
per l'amico il suo core parlò.
Della suora un amante straniero
colà il padre gli avea trucidato,
ed il figlio, da pro' cavaliero,
la vendetta ne avea giurato;
gl'inseguimmo di Cadice in riva,
né la coppia fatal si trovò.
Per l'amico Pereda soffriva,
ché il suo core per esso parlò.
Là e dovunque narrar che del pari
la sedotta col vecchio perìa,
ché a una zuffa tra servi e sicari
solo il vil seduttore sfuggia.
Io da Vargas allor mi staccava;
ei seguir l'assassino giurò.
Verso America il mare solcava,
e Pereda a' suoi studi tornò!

TUTTI
Truce storia Pereda narrava!
Generoso il suo core mostrò, ecc.

ALCADE
Sta bene.

DON CARLO
Vous voulez le savoir ?... Voici mon histoire.
Je suis Pereda, riche d'honneur,
Salamanque me fit bachelier ;
je serai bientôt docteur in utroque
car j'ai presque terminé mes études....
Voici un an, Vargas vint me chercher là-bas,
et m'emmena avec lui à Séville.
Rien n'aurait pu arrêter Pereda,
son cœur lui parlait en faveur de son ami,
dont la sœur avait un amant étranger
qui avait assassiné son père,
et le fils, en valeureux gentilhomme,
avait juré de le venger...
Nous les poursuivîmes jusqu'à Cadix,
mais sans pouvoir découvrir le sinistre couple.
Pereda souffrait pour son ami
car son cœur lui parlait en sa faveur.
Là, et partout ailleurs, on nous raconta que la sœur
séduite était morte en même temps que son père, et
qu'après une bataille avec les serviteurs et les gardes,
seul le vil séducteur avait pu s'enfuir.
Je me séparai alors de Vargas,
il jura de poursuivre le meurtrier.
Il s'embarqua pour l'Amérique
et Pereda s'en retourna à ses études.

TOUS
Quelle affreuse histoire nous a conté Pereda !
Mais elle montre qu'il a le cœur généreux !

L'ALCADE
C'est bien.

libretto by Francesco Maria Piave libretto by B. Vienne
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