“La forza del destino”
by Giuseppe Verdi libretto (Italian ⇄ French)
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Il marchese di Calatrava (basso) Donna Leonora, figlia del marchese (soprano) Don Carlo di Vargas, figlio del marchese (baritono) Don Alvaro (tenore) Padre guardiano, francescano (basso) Fra Melitone, francescano (baritono buffo) Preziosilla, giovane zingara (mezzosoprano) Curra, cameriera di Leonora (mezzosoprano) Un alcade (basso) Mastro Trabuco, mulattiere, poi rivendugliolo (tenore buffo) Un chirurgo, militare spagnolo (tenore) Sinfonia |
Le marquis de Calatrava - Basse Donna Leonora, sa fille - Soprano Don Carlo di Vargas, son fils - Baryton Don Alvaro, amant de Leonora - Ténor Preziosilla, jeune bohémienne - Mezzo-soprano Padre Guardiano, franciscain - Basse Fra Melitone, franciscain - Baryton Curra, camériste de Leonora - Soprano Un Alcade - Basse Maître Trabuco, muletier puis marchand ambulant - Ténor Un chirurgien militaire espagnol - Ténor Un grainetier espagnol - Basse Ouverture |
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Siviglia Una sala tappezzata di damasco con ritratti di famiglia ed arme gentilizie, addobbata nello stile del secolo 18o, però in cattivo stato. Di fronte due finestre; quella a sinistra è chiusa, l'altra a destra è praticabile, dalla quale si vede un cielo purissimo, illuminato dalla luna, e cime di alberi. Tra le finestre è un grande armadio chiuso, contenente vesti, biancherie, ecc. Ognuna delle pareti laterali ha due porte. (Il Marchese di Calatrava, con lume in mano, sta congedandosi da Donna Leonora, preoccupata; Curra viene dalla sinistra.) MARCHESE Buona notte, mia figlia. Addio, diletta. Aperto ancora è quel veron. (Va a chiuderlo.) LEONORA (fra sé) Oh, angoscia! MARCHESE Nulla dice il tuo amor? Perché sì triste? |
Séville (Une salle tendue de damas, avec des portraits de famille et des armes de noblesse, ornée dans le style du XVIIIe siècle mais passablement délabrée. Dans le fond, deux fenêtres : celle de gauche est fermée ; celle de droite est ouverte et permet de voir un ciel tout dégagé, avec un beau clair de lune et la cime des arbres. Entre les fenêtres, une grande armoire fermée, qui contient des vêtements, du linge, etc. Chacun des murs latéraux est percé d'une porte. (Le Marquis de Calatrava, un flambeau à la main, prend congé pour la nuit de Leonora qui reste préoccupée. Curra entre par la gauche.) LE MARQUIS Bonne nuit, ma fille. Adieu, ma chérie. Ce balcon est encore ouvert ! (Il va le fermer.) LEONORA (à part) Ah, quelle angoisse ! LE MARQUIS Ton amour se tait ? Pourquoi es-tu si triste ? |
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LEONORA Padre...Signor... MARCHESE La pura aura de' campi pace al tuo cor donava. Fuggisti lo straniero di te indegno. A me lascia la cura dell'avvenir; nel padre tuo confida che t'ama tanto. LEONORA Ah, padre! MARCHESE Ebben, che t'ange? Non pianger. LEONORA (fra sé) Oh, rimorso! MARCHESE Ti lascio. LEONORA (gettandosi con effusione tra le braccia del padre) Ah, padre mio! MARCHESE Ti benedica il cielo. Addio. Addio. LEONORA Addio. (Il marchese l'abbraccia, riprende il lume, e va nelle sue stanze. Curra chiude la porta dietro il Marchese, e riviene a Leonora la quale piange.) |
LEONORA Mon père... Monsieur. LE MARQUIS L'air pur de la campagne avait calmé ton cœur. Tu as fui cet étranger indigne de toi. Laisse-moi donc prendre soin de l'avenir. Fie-toi à ton père qui t'aime tant. LEONORA Ah, mon père ! LE MARQUIS Eh bien, qu'as-tu donc ? Ne pleure pas. LEONORA (à part) Oh, quel remords ! LE MARQUIS je te laisse. LEONORA (se jetant impulsivement dans ses bras) Ah, mon cher père LE MARQUIS Que le ciel te bénisse. Adieu. LEONORA Adieu. (Le Marquis l'embrasse, et se retire dans sa chambre. Curra ferme la porte par laquelle il est sorti et revient vers Leonora qui pleure.) |
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CURRA Temea restasse qui fino a domani! Si riapra il veron. Tutto s'appronti, e andiamo. (Toglie dall'armadio un sacco da notte in cui ripone biancheria e vesti.) LEONORA E sì amoroso padre, avverso fia tanto ai voti miei? No, no, decidermi non so. CURRA Che dite? LEONORA Quegli accenti nel cor, come pugnali scendevanmi. Se ancor restava, appreso il ver gli avrei... CURRA (smettendo il lavoro) Domani allor nel sangue suo, saria Don Alvaro, od a Siviglia prigioniero, e forse al patibol poi. LEONORA Taci! CURRA E tutto questo perch'egli volle amar chi non l'amava. |
CURRA J'avais peur qu'il ne restât jusqu'à demain ! Rouvrons le balcon. Préparons tout. Et partons. (Elle sort de l'armoire un sac dans lequel elle entasse du linge et des vêtements.) LEONORA Et ce père, qui m'aime tant, resterait insensible à mes vœux ? Non, non, je ne puis m'y résoudre. CURRA Que dites-vous ? LEONORA Ses mots me frappaient au cœur comme des coups de poignard. S'il était resté, je lui aurais révélé la vérité... CURRA (en cessant son travail) Alors, demain aurait coulé le sang de Don Alvaro, ou il aurait été emprisonné à Séville et peut-être promis au gibet. LEONORA Tais-toi. CURRA Et tout cela pour avoir voulu aimer qui ne l'aimait pas. |
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LEONORA Io non amarlo? Tu ben sai s'io l'ami... patria, famiglia, padre per lui non abbandono? Ahi, troppo, troppo sventurata sono! Me pellegrina ed orfana, lungi dal patrio nido, un fato inesorabile sospinge a stranio lido; colmo di tristi immagini, da' suoi rimorsi affranto, è il cor di questa misera dannato a eterno pianto, ecc. Ti lascio, ahimè, ahimè, con lagrime dolce mia terra, addio. Ahimè, ahimè, non avrà termine Per me sì gran dolore! Addio. CURRA M'aiuti, signorina, più presto andrem. LEONORA S'ei non venisse? (Guarda l'orologio.) È tardi. Mezzanotte è suonata! (contenta) Ah no, più non verrà! CURRA Qual rumore! Calpestio di cavalli! |
LEONORA Moi, je ne l'aime pas Tu sais bien si je l'aime... Est-ce que je n'abandonne pas pour lui ma patrie, ma famille, mon père ? Hélas, malheureuse ! Je suis trop malheureuse ! Errante et orpheline, loin du toit paternel un sort inexorable m'entraîne vers un rivage inconnu. Rempli de lugubres visions, effrayé par le remords, mon cœur est, par son désespoir condamné à des pleurs éternels, etc. Hélas, c'est dans les larmes que je te quitte, ma chère patrie ! Adieu. Hélas, une douleur aussi cruelle ne finira jamais ! Adieu. CURRA Aidez-moi, mademoiselle. Nous irons plus vite. LEONORA Et s'il ne venait pas ? (Elle regarde l'horloge.) Il se fait tard. Minuit a sonné, déjà ! (contente) Ah, non, il ne viendra plus ! CURRA Ce bruit... Un piétinement de chevaux ! |
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LEONORA È desso! CURRA Era impossibil ch'ei non venisse! LEONORA Oh Dio! CURRA Bando al timore. (Don Alvaro entra dal verone e si getta tra le braccia di Leonora.) DON ALVARO Ah, per sempre, o mio bell'angiol, ne congiunge il cielo adesso! L'universo in questo amplesso io mi veggo giubilar. LEONORA Don Alvaro! DON ALVARO Ciel, che t'agita? LEONORA Presso è il giorno. DON ALVARO Da lung'ora mille inciampi tua dimora m'han vietato penetrar. Ma d'amor sì puro e santo nulla opporsi può all'incanto. |
LEONORA C'est lui! CURRA Il était impossible qu'il ne vînt pas ! LEONORA Ciel ! CURRA Chassez vos craintes. (Don Alvaro entre par le balcon et se jette dans les bras de Leonora.) DON ALVARO Ah, mon bel ange, c'est pour toujours que le ciel désormais nous unit ! Et je sens en moi, à cette étreinte, toute la joie de l'univers. LEONORA Don Alvaro ! DON ALVARO Ciel, quel trouble t'agite ? LEONORA Le jour va poindre. DON ALVARO Depuis plusieurs heures mille obstacles m'ont empêché de pénétrer dans ta demeure ; mais rien ne peut résister au pouvoir d'un amour si pur et si saint |
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E Dio stesso il nostro palpito in letizia, in letizia tramutò. (a Curra) Quelle vesti dal verone getta... LEONORA (a Curra) Arresta! DON ALVARO (a Curra) No, no... (a Leonora) Seguimi, lascia, omai, la tua prigione... LEONORA Ciel! risolvermi non so. DON ALVARO Pronti i destrieri di già ne attendono, un sacerdote ne aspetta all'ara. Vieni, d'amore in sen ripara che Dio dal cielo benedirà! E quando il sole, nume dell'India, di mia regale stirpe signore, il mondo inondi del suo splendore, sposi, o diletta, sposi, o diletta, ne troverà. LEONORA È tarda l'ora... DON ALVARO (a Curra) Su via, t'affretta! LEONORA (a Curra) Ancor sospendi... |
et c'est Dieu lui-même qui a changé en joie notre angoisse. (à Curra) Jette ces vêtements par la fenêtre. LEONORA (à Curra} Arrête ! DON ALVARO (à Curra) Non, non... (à Leonora) Suis-moi. quitte à jamais cette prison. LEONORA Ciel ! je ne puis m'y résoudre. DON ALVARO De rapides coursiers sont en bas. et un prêtre nous attend devant l'autel... Viens, berce en ton sein un amour que Dieu bénit du haut du ciel ! Et quand le soleil, divinité de l'Inde et seigneur de ma royale race inondera le monde de sa splendeur, ô ma bien-aimée, nous serons époux. LEONORA Il se fait tard. DON ALVARO (à Curra) Allons, dépêche-toi. LEONORA (à Curra) Attends encore... |
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DON ALVARO Eleonora! LEONORA Diman... DON ALVARO Che parli? LEONORA Ten prego, aspetta. DON ALVARO Diman! LEONORA Dimani si partirà. Anco una volta il padre mio, povero padre, veder desìo; e tu contento, gli è ver, ne sei? Sì, perché m'ami, né opporti dei... Anchi'io, tu il sai, t'amo io tanto! Ne son felice, oh cielo, quanto! Gonfio di gioia ho il cor! Restiamo... Sì, mio Alvaro, io t'amo!, io t'amo! (Piange.) DON ALVARO Gonfio hai di gioia il core, e lagrimi! Come un sepolcro tua mano è gelida! Tutto comprendo, tutto, Signora! LEONORA Alvaro! Alvaro! |
DON ALVARO Leonora ! LEONORA Demain !... DON ALVARO Que dis-tu ? LEONORA Je t'en prie, attends ! DON ALVARO Demain ! LEONORA Nous partirons demain. Je veux revoir encore une fois mon père, mon pauvre père ; tu le voudras bien, n'est-ce pas. Oui, parce que tu m'aimes, tu ne peux refuser. Moi aussi, tu le sais, je t'aime tant. J'en suis heureuse, oh, ciel, si heureuse ! J'ai le cœur plein de joie ! Restons... Oui, mon Alvaro, je t'aime, je t'aime ! (Elle pleure.) DON ALVARO Tu as le cœur plein de joie et tu pleures ! Ta main est froide comme la tombe ! je comprends tout, tout, madame ! LEONORA Alvaro ! Alvaro |
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DON ALVARO Eleonora! lo sol saprò soffrire. Tolga Iddio che i passi miei per debolezza segua; sciolgo i tuoi giuri. Le nuziali tede sarebbero per noi segnal di morte... se tu, com'io, non m'ami, se pentita... LEONORA Son tua, son tua col core e colla vita! Seguirti fino agl'ultimi confini della terra; con te sfidar impavida di rio destin la guerra, mi fia perenne gaudio d'eterea voluttà. Ti seguo. Andiam, dividerci il fato non potrà. DON ALVARO Sospiro, luce ed anima di questo cor che t'ama; finché mi batte un palpito far paga ogni tua brama il solo ed immutabile desio per me sarà. Mi segui. Andiam, dividerci il fato non potrà. (S'avvicinano al verone, quando ad un tratto si sente a sinistra un aprire e chiuder di porte.) LEONORA Quale rumor! |
DON ALVARO Leonora ! Seul, je saurai souffrir. A Dieu ne plaise que tu suives mes pas par faiblesse. Je te délie de ton serment. Les flambeaux de l'hyménée signifieraient pour nous la mort, si tu ne m'aimes pas comme je t'aime, si tu te repens... LEONORA Je suis à toi, à toi mon cœur et ma vie. Ah, je te suivrai jusqu'aux derniers confins de la terre ; avec toi je défierai sans trembler les coups du destin cruel, j'en éprouverai une joie infinie, une éternelle volupté, je te suis... Partons, le sort ne pourra nous séparer ! DON ALVARO Soupir, lumière et âme de ce cœur qui t'aime, tant qu'il me restera un souffle de vie, je n'aurai qu'un désir, qu'un seul désir immuable, exaucer ton moindre vœu. Suis-moi... Partons, le sort ne pourra nous séparer. (Ils s'approchent du balcon lorsque, tout d'un coup, on entend vers la gauche s'ouvrir et se fermer une porte.) LEONORA Quel est ce bruit ? |
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CURRA (ascoltando) Ascendono le scale! DON ALVARO Partiam... LEONORA Partiam. DON ALVARO e LEONORA Mi segui/Ti seguo, andiam, dividerci il fato, no, no, non potrà. LEONORA È tardi! DON ALVARO Allor di calma è d'uopo. CURRA Vergin santa! LEONORA (a Don Alvaro) Colà t'ascondi. DON ALVARO (traendo una pistola) No! Difenderti degg'io. LEONORA Ripon quell'arma. Contro al genitore vorresti?... DON ALVARO No, contro me stesso! |
CURRA (en entendant) On monte l'escalier ! DON ALVARO Partons... LEONORA Partons. DON ALVARO et LEONORA Suis-moi. Partons, le sort ne pourra nous séparer. LEONORA Il est trop tard. DON ALVARO Alors, il faut rester calme. CURRA Sainte Vierge ! LEONORA (à Don Alvaro) Cache-toi par là... DON ALVARO (tirant un pistolet) Non, je dois te protéger. LEONORA Laisse cette arme. Voudrais-tu t'en servir contre mon père ? DON ALVARO Non, contre moi-même. |
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LEONORA Orrore! (Dopo vari colpi apresi con strepito la porta del fondo a sinistra, ed il Marchese di Calatrava entra infuriato, brandendo una spada, e seguito da due servi con lumi.) MARCHESE Vil seduttor! Infame figlia! LEONORA (correndo ai suoi piedi) No, padre mio. MARCHESE lo più nol sono. DON ALVARO (al Marchese) Il solo colpevole, colpevole, son io. (presentandogli il petto) Ferite, vendicatevi. MARCHESE (a Don Alvaro) No, la condotta vostra da troppo abbietta origine uscito vi dimostra. DON ALVARO Signor Marchese! MARCHESE (a Leonora) Scostati. (ai servi) S'arresti l'empio. |
LEONORA Horreur ! (On entend des coups, puis la porte s'ouvre à grand bruit et le Marquis de Calatrava entre, furieux, brandissant une épée, suivi de deux serviteurs qui portent des flambeaux.) LE MARQUIS Vil séducteur ! Fille infâme ! LEONORA (courant se jeter à ses pieds) Non, mon père. LE MARQUIS Je ne le suis plus. DON ALVARO (au Marquis) Je suis le seul coupable... (lui montrant sa poitrine) Frappez, vengez-vous... LE MARQUIS (à Don Alvaro) Non, votre conduite ne démontre que trop quel sang abject coule dans vos veines. DON ALVARO Monsieur le Marquis ! LE MARQUIS (à Leonora) Éloigne-toi. (aux serviteurs) Emparez-vous de cet infâme. |
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DON ALVARO (cavando nuovamente la pistola) Guai se alcun di voi si move. LEONORA (correndo a lui) Alvaro, oh ciel, che fai? DON ALVARO (al Marchese) Cedo a voi sol, ferite. MARCHESE Morir per mano mia! Per mano del carnefice tal vita estinta sia! DON ALVARO Signor di Calatrava! Pura siccome gli angeli è vostra figlia, il giuro: reo son io solo. Il dubbio che l'ardir mio qui desta, si tolga colla vita. Eccomi inerme. (Getta la pistola, che percuote al suolo, scarica il colpo, e ferisce mortalmente il Marchese.) MARCHESE lo muoio! DON ALVARO (disperato) Arma funesta! LEONORA (correndo al padre) Aita! |
DON ALVARO (ressortant son pistolet) Malheur au premier qui bouge ! LEONORA (courant vers lui) Alvaro, ô ciel, que fais-tu ? DON ALVARO (au Marquis) Je ne cède qu'à vous seul, frappez ! LE MARQUIS Tu mourrais de ma main ! C'est la main du bourreau qui mettra fin à tes jours. DON ALVARO Monsieur de Calatrava ! Je jure que votre fille est pure comme un ange ; je suis le seul coupable. Ce doute que mon audace a éveillé en vous, arrachez-le en m'ôtant la vie. Me voici désarmé. (Il jette son pistolet qui part en heurtant le sol, blessant mortellement le Marquis.) LE MARQUIS Je meurs ! DON ALVARO (désespéré) Arme funeste ! LEONORA (courant à son père) A l'aide ! |
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MARCHESE (a Leonora) Lungi da me! Contamina tua vista la mia morte! LEONORA Padre! MARCHESE Ti maledico! (Cade tra le braccia dei servi.) LEONORA Cielo, pietade! ALVARO Oh, sorte! (I servi portano il Marchese alle sue stanze, mentre Don Alvaro trae seco verso il verone la sventurata Leonora.) |
LE MARQUIS (à Leonora) Loin de moi ! Ta vue déshonore ma mort. LEONORA Mon père LE MARQUIS Je te maudis ! (Il tombe dans les bras de ses serviteurs.) LEONORA Mon dieu, pitié ! DON ALVARO Sort cruel ! (Les serviteurs emportent le Marquis dans sa chambre, tandis que Don Alvaro entraîne vers la fenêtre la malheureuse Leonora.) |
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Scena prima Villaggio d'Hornachuelos Grande cucina d'un osteria a pian terreno. Da un lato gran tavola apparecchiata, con sopra una lucerna accesa. (L'oste e l'ostessa sono affaccendati ad ammannir la cena. L'Alcade è seduto presso al fuoco; uno studente - Don Carlo, il fratello di Leonora - è seduto presso la tavola. Alquanti mulattieri, fra i quali Mastro Trabuco, e contadini sono in scena.) |
Première scène (Le village d'Hornachuelos Une grand cuisine d'auberge. Sur le côté, une grande table dressée sur laquelle on a posé une lanterne allumée. (L'aubergiste et sa femme sont occupés à préparer le repas. L'Alcade est assis près du feu ; Don Carlo, le frère de Leonora, déguisé en étudiant, est près de la table. Il y a quelques muletiers, y inclus Maître Trabuco, et quelques paysans et paysannes sur la scène.) |
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CORO Holà! holà! holà! Ben giungi, o mulattier, la notte a riposar. Holà! holà! holà! Qui devi col bicchier le forze ritemprar. (L'ostessa mette sulla tavola una grande zuppiera.) ALCADE (sedendosi alla mensa) La cena è pronta. TUTTI (prendendo posto presso la tavola) A cena, a cena! DON CARLO (fra sé) Ricerco invan la suora e il seduttore... Perfidi! TUTTI (all'Alcade) Voi la mensa benedite. ALCADE Può farlo il licenziato. DON CARLO Di buon grado. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. TUTTI (sedendo) Amen. |
LE CHŒUR Holà, holà, holà ! Bienvenue, ô muletiers, venez passer la nuit. Holà, holà, holà ! Il faut ici, avec un bon verre, reprendre des forces ! (L'hôtesse pose une grande soupière sur la table.) L'ALCADE (s'asseyant à la table) Le dîner est prêt ! TOUS (prenantplace à la table) A table, à table ! DON CARLO (à part) Je cherche en vain ma sœur et son séducteur, les perfides ! LE CHŒUR (à l'Alcade) Bénissez ce repas. L'ALCADE Je laisse faire le licencié. DON CARLO Volontiers. In nomine Patris et Filii etSpiritus Sancti. LE CHŒUR (s'asseyant) Amen. |
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LEONORA (presentandosi alla porta della stanza a destra, che terrà socchiusa) Che vedo! Mio fratello! (Parte.) (L'ostessa avrà già distribuito il riso e siede cogli altri. In seguito è servito altro piatto. Trabuco è in disparte, sempre appoggiato al suo basto.) ALCADE (assaggiando) Buono. DON CARLO (mangiando) Eccellente. MULATTIERI Par che dica, "mangiami, mangiami" DON CARLO (all'ostessa) Tu das epulis accumbere Divum. ALCADE Non sa il latino, ma cucina bene. DON CARLO Viva l'ostessa! TUTTI Evviva! DON CARLO Non vien, Mastro Trabuco? TRABUCO È venerdì. |
LEONORA (paraissant à la porte, habillée en homme) Que vois-je ! Mon frère ! (Elle sort, l'hôtesse, ayant servi le riz, s'assied avec les autres. Trabuco se tient à part, toujours appuyé sur son bât.) L'ALCADE (goûtant) C'est bon. DON CARLO (en mangeant) Excellent. LE CHŒUR On jurerait que ça vous dit : «Mange-moi». DON CARLO (à l'hôtesse) Tu das epulis accumbere Divum. L'ALCADE Elle ne sait pas le latin, mais elle fait bien la cuisine. DON CARLO Vive l'hôtesse. TOUS Vive l'hôtesse. DON CARLO Maître Trabuco ne vient donc pas TRABUCO C'est vendredi. |
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DON CARLO Digiuna? TRABUCO Appunto! DON CARLO E quella personcina con lei giunta?... (Preziosilla entra.) PREZIOSILLA Viva la guerra! TUTTI Preziosilla! Brava, brava! DON CARLO e CORO Qui, presso a me... TUTTI Tu la ventura dirne potrai. PREZIOSILLA Chi brama far fortuna? TUTTI Tutti il vogliam. PREZIOSILLA Correte allor soldati in Italia, dov'è rotta la guerra contro al Tedesco. TUTTI Morte ai Tedeschi! |
DON CARLO Vous jeûnez ? TRABUCO Exactement. DON CARLO Et cette petite personne qui est arrivée avec vous ? (Preziosilla entre, en sautillant.) PREZIOSILLA Vive la guerre ! TOUS Preziosilla ! Bravo ! Bravo ! DON CARLO et LE CHŒUR Venez là, près de moi... TOUS Tu pourras nous dire la bonne aventure. PREZIOSILLA Qui veut faire fortune ? TOUS Nous le voulons tous. PREZIOSILLA Alors courez tous, soldats, en Italie, où vient d'éclater la guerre contre les Allemands. TOUS Mort aux Allemands ! |
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PREZIOSILLA Flagel d'Italia eterno, e de' figliuoli suoi. TUTTI Tutti v'andrem, tutti v'andrem. PREZIOSILLA Ed io sarò con voi. TUTTI Viva! PREZIOSILLA Al suon del tamburo, al brio del corsiero, al nugolo azzurro del bronzo guerrier; dei campi al sussurro s'esalta il pensiero! È bella la guerra, è bella la guerra! Evviva la guerra, evviva! TUTTI È bella la guerra! Evviva la guerra! PREZIOSILLA (volgendosi all'uno e all'altro) Se vieni, fratello, sarai caporale; e tu colonnello, e tu generale; il dio furfantello dall'arco immortale farà di cappello al bravo uffizial... È bella la guerra, evviva la guerra! |
PREZIOSILLA Fléau éternel de l'Italie et de ses fils. TOUS Nous irons tous. PREZIOSILLA Et je viendrai avec vous. TOUS Hourrah ! PREZIOSILLA Le son du tambour, la fougue des coursiers, la nuée bleutée des épées guerrières, le murmure du camp, exaltent nos pensées La guerre est belle ! Vive la guerre. TOUS La guerre est belle ! Vive la guerre ! PREZIOSILLA (allant de l'un à l'autre) Si tu viens, mon frère, tu seras caporal, et toi colonel, et toi général. Le petit dieu malin, avec son arc immortel, fera sa révérence au brave officier. La guerre est belle ! Vive la guerre ! |
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TUTTI È bella la guerra, evviva la guerra! ecc. DON CARLO (Le presenta la mano.) E che riserbasi allo studente? PREZIOSILLA (guardando la mano) Oh, tu miserrime vicende avrai! DON CARLO Che di'? PREZIOSILLA (fissandolo) Non mente il labbro mai... (poi, sottovoce) Ma a te, carissimo, non presto fé... Non sei studente, non dirò niente, ma, gnaffe, a me non se la fa, tra la la la! TUTTI Evviva la guerra, ecc. (Un gruppo di pellegrini passa fuori.) CORO DI PELLEGRINI (fuori) Padre Eterno Signor, pietà di noi. Divin Figlio Signor, pietà di noi. Santo Spirito Signor, |
TOUS La guerre est belle ! Vive la guerre ! DON CARLO (lui présentant sa main) Et que réserve le sort à l'étudiant ? PREZIOSILLA (lisant sa main) Oh, toi, tu auras une existence des plus malheureuses... DON CARLO Que dis-tu ? PREZIOSILLA (le fixant avec les yeux) Ma bouche ne ment jamais... (puis à voix basse) Mais, toi, mon cher ami, je ne te crois pas. Tu n'es pas étudiant. Je ne dirai rien, mais, ma foi, ce n'est pas moi que tu berneras. Tra la la la ! TOUS Vive la guerre, etc. (Des pèlerins passent au dehors.) LES PÈLERINS (en coulisse) Notre Père, notre Seigneur éternel, aie pitié de nous. Dieu le Fils, notre Seigneur, aie pitié de nous. Saint-Esprit, notre Seigneur, |
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pietà di noi. Uno e Trino Signor, pietà di noi. TUTTI (alzandosi e scoprendosi la testa) Chi sono? ALCADE Son pellegrini che vanno al giubileo. LEONORA (ricomparendo agitatissima sulla porta) Fuggir potessi! DON CARLO e MULATTIERI Che passino attendiamo. ALCADE Preghiam con lor. TUTTI Preghiamo. (Lasciano la mensa e s'inginocchiano.) Su noi prostrati e supplici stendi la man, Signore; dall'infernal malore ne salvi tua bontà. Signor, pietà. LEONORA (fra sé) Ah, dal fratello salvami che anela il sangue mio; se tu nol vuoi, gran Dio, nessun mi salverà! Signor, pietà! |
aie pitié de nous. Sainte Trinité. aie pitié de nous. TOUS (se levant et ôtant leurs chapeaux) Qui sont ces gens ? L'ALCADE Ce sont des pèlerins qui vont au jubilé. LEONORA (reparaissant, très agitée, à la même porte) Si seulement je pouvais fuir ! DON CARLO et MULETIERS Attendons qu'ils soient passés ! L'ALCADE Prions avec eux. TOUS Prions. (Ils quittent la table et s'agenouillent.) Étends ta main, Seigneur, sur nous qui te supplions, prosternés ; que ta bonté nous protège du mal et de l'enfer ! Seigneur, aie pitié. LEONORA (à part) Ah, protège-moi de mon frère, qui veut verser mon sang : si tu refuses, grand Dieu, personne ne pourra me sauver ! Seigneur, aie pitié. |
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(Leonora rientra nella stanza chiudendone la porta. Tutti riprendono i loro posti. Si passano un fiasco.) DON CARLO Viva la buona compagnia! TUTTI Viva! DON CARLO (alzando il bicchiere) Salute qui, l'eterna gloria poi... TUTTI (facendo altrettanto) Così sia. DON CARLO Già cogli angeli, Trabuco? TRABUCO E che? Con quest'inferno! DON CARLO E quella personcina con lei giunta, venne pel giubileo? TRABUCO Nol so. DON CARLO Per altro, è gallo oppur gallina? TRABUCO De' viaggiator non bado che al danaro. |
(Leonora rentre dans sa chambre, en fermant la porte. Tout le monde regagne sa place. Les bouteilles circulent.) DON CARLO Vive la bonne compagnie ! TOUS Vivat ! DON CARLO (haussant son verre) Ici-bas, la santé, et puis la gloire éternelle. TOUS (faisant de même) Ainsi soit-il. DON CARLO Vous êtes déjà avec les anges, Trabuco ? TRABUCO Comment le pourrais-je ? Avec l'enfer que vous menez! DON CARLO Et cette petite personne qui est venue avec vous, elle vient pour le jubilé ? TRABUCO Je n'en sais tien. DON CARLO Au fait, est-ce un jeune coq ou une poulette ? TRABUCO Chez les voyageurs, je ne remarque que l'argent. |
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DON CARLO Molto prudente! Molto prudente! (poi, all'Alcade) Ed ella che giungere la vide, perché a cena non vien? ALCADE L'ignoro. DON CARLO Dissero chiedesse acqua ed aceto. Ah, ah! Per rinfrescarsi. ALCADE Sarà. DON CARLO È ver ch'è gentile e senza barba? ALCADE Non so nulla, non so nulla. DON CARLO (fra sé) Parlar non vuol! (a Trabuco) Ancora a lei: stava sul mulo seduta o a cavalcioni? TRABUCO (impazientito) Che noia! DON CARLO Onde veniva? |
DON CARLO C'est fort sage ! (puis à l'Alcade) Et vous qui l'avez vue arriver... pourquoi ne vient-elle pas manger ? L'ALCADE Je l'ignore. DON CARLO On dit qu'elle a demandé de l'eau et du vinaigre. Ah, ah ! Pour se rafraîchir. L'ALCADE Peut-être. DON CARLO Est-il vrai qu'elle est gentille, et qu'elle n'a pas de barbe ? L'ALCADE Je ne sais tien. DON CARLO (à part) Il ne veut pas parler ! (à Trabuco) Dites-moi encore. sur sa mule, se tenait-elle assise ou à califourchon ? TRABUCO (impatient) Vous m'ennuyez ! DON CARLO D'où venait-elle ? |
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TRABUCO So che andrò presto o tardi in paradiso. DON CARLO Perché? TRABUCO Ella il purgatorio mi fa soffrir... DON CARLO Or dove va? TRABUCO ln istalla a dormir colle mie mule, che non san di latino, né sono baccellieri. (Esce.) TUTTI Ah! ah! È fuggito! DON CARLO Poich'è imberbe l'incognito, facciamgli col nero due baffetti; doman ne rideremo. TUTTI Bravo! bravo! bravo! bravo! ALCADE Protegger debbo i viaggiator; m'oppongo. Meglio farebbe dirne d'onde venga, ove vada, e chi ella sia. |
TRABUCO Je sais en tout cas que moi, j'irai tôt ou tard au paradis. DON CARLO Pourquoi ? TRABUCO Parce qu'avec vous je suis au purgatoire. DON CARLO Mais où allez-vous donc ? TRABUCO A l'écurie, dormir avec mes mules, qui ne savent pas le latin, et qui ne sont pas bachelières. (Il sort.) TOUS Ah, ah ! Il se sauve ! DON CARLO Puisque cet inconnu est imberbe, faisons-lui deux moustaches au charbon de bois, demain nous en rirons. TOUS Bravo ! Bravo ! L'ALCADE Je dois protéger le voyageur ; je m'y oppose. Vous feriez mieux de nous dire d'où vous venez, où vous allez, et qui vous êtes. |
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DON CARLO Lo vuol saper? Ecco l'istoria mia. Son Pereda, son ricco d'onore, Baccelliere mi fe' Salamanca; sarò presto in utroque dottore, ché di studio ancor poco mi manca. Di là Vargas mi tolse da un anno, e a Siviglia con sé mi guidò. Non trattenne Pereda alcun danno, per l'amico il suo core parlò. Della suora un amante straniero colà il padre gli avea trucidato, ed il figlio, da pro' cavaliero, la vendetta ne avea giurato; gl'inseguimmo di Cadice in riva, né la coppia fatal si trovò. Per l'amico Pereda soffriva, ché il suo core per esso parlò. Là e dovunque narrar che del pari la sedotta col vecchio perìa, ché a una zuffa tra servi e sicari solo il vil seduttore sfuggia. Io da Vargas allor mi staccava; ei seguir l'assassino giurò. Verso America il mare solcava, e Pereda a' suoi studi tornò! TUTTI Truce storia Pereda narrava! Generoso il suo core mostrò, ecc. ALCADE Sta bene. |
DON CARLO Vous voulez le savoir ?... Voici mon histoire. Je suis Pereda, riche d'honneur, Salamanque me fit bachelier ; je serai bientôt docteur in utroque car j'ai presque terminé mes études.... Voici un an, Vargas vint me chercher là-bas, et m'emmena avec lui à Séville. Rien n'aurait pu arrêter Pereda, son cœur lui parlait en faveur de son ami, dont la sœur avait un amant étranger qui avait assassiné son père, et le fils, en valeureux gentilhomme, avait juré de le venger... Nous les poursuivîmes jusqu'à Cadix, mais sans pouvoir découvrir le sinistre couple. Pereda souffrait pour son ami car son cœur lui parlait en sa faveur. Là, et partout ailleurs, on nous raconta que la sœur séduite était morte en même temps que son père, et qu'après une bataille avec les serviteurs et les gardes, seul le vil séducteur avait pu s'enfuir. Je me séparai alors de Vargas, il jura de poursuivre le meurtrier. Il s'embarqua pour l'Amérique et Pereda s'en retourna à ses études. TOUS Quelle affreuse histoire nous a conté Pereda ! Mais elle montre qu'il a le cœur généreux ! L'ALCADE C'est bien. |
| libretto by Francesco Maria Piave | libretto by B. Vienne |
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