Manon Lescaut

by Giacomo Puccini libretto (French Italian)


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Personnages

Manon Lescaut (soprano)
Lescaut, son frère, sergent des gardes du Roi (baryton)
Chevalier des Grieux (ténor)
Geronte de Ravoir, trésorier général (basse)
Edmondo, étudiant (ténor)
Hôtelier (basse)
Chanteur (mezzo-soprano)
Maître de ballet (ténor)
Lampionaio (ténor)
Sergent des archers (basse)
Capitaine de Marine (basse)
Coiffeur (rôle muet et mimé)
Musiciens, vieilles gens, jeunes filles, bourgeois, gens du peuple, étudiants, courtisans, archers et marins


Personaggi

Manon Lescaut (soprano)
Renato Des Grieux (tenore)
Lescaut, fratello di Manon (baritono)
Geronte di Ravoir, tesoriere generale (basso)
Edmondo, studente (tenore)
Un lampionaio (tenore)
Un musico (mezzosoprano)
Un oste (basso)
Il maestro di ballo (tenore)
Un Sergente degli Arceri (basso)
Il Comandante di Marina (basso)
Un parrucchiere (mimo)


PREMIER ACTE

AMIENS

Une grande place où se trouve la Poste de Paris
(Une allée à droite, à gauche une auberge avec
arcades, sous lesquelles sont placées de petites tables
pour les consommateurs. Un escalier extérieur conduit
au premier étage de l’auberge. Des étudiants, des
bourgeois et des soldats se promènent sur la place et
dans l’allée... D’autres groupes sont attablés et jouent
ou boivent. )


EDMONDO (entouré d’étudiants)
Salut soir aimable, ineffable !
avec ton cortège de zéphyrs et d’étoiles...
tu es doux aux poètes, aux amants...

LES ÉTUDIANTS
Ah ! Ah ! Ah !
Aux voleurs, aux ivrognes...
Pardonne-nous d’ajouter à ton madrigal...

EDMONDO
Sans importance !
Sur la route, joyeuses, viennent en foule,
fraîches, riantes et belles,
les petites ouvrières...

ATTO PRIMO

AD AMIENS

Un vasto piazzale presso la porta di Parigi.
(Un viale a destra. A sinistra, un osteria con porticato,
sotto il quale sono disposte varie tavole. Una scaletta
conduce al primo piano. Studenti, cittadini e soldati
passeggiano per la piazza. Altri, seduti alle tavole
bevono e giocano.)


EDMONDO (attorniato da studenti)
Ave, sera gentile, che discendi
col tuo corteo di zeffiri e di stelle;
ave, cara ai poeti ed agli amanti...

STUDENTI
Ah! Ah! Ah!
Ai ladri ed ai briachi!
Noi ti abbiamo spezzato il madrigal!

EDMONDO
E vi ringrazio.
Pel vial giulive vengono a frotte a frotte
fresche, ridenti e belle
le nostre artigianelle.

LES ÉTUDIANTS
La route est toute en joie !

EDMONDO
Voici mon madrigal
taquin, hardi, superbe.
Elles viennent en foule
les petites ouvrières.

LES ÉTUDIANTS
Fraîches, riantes et belles.

EDMONDO
Voici mon madrigal
taquin, hardi, superbe.
(à quelques petites ouvrières)
La Jeunesse, c’est notre Gloire,
et l’Espoir notre Divinié.
Et nous tire par les cheveux
une ardeur éternelle.

LES ÉTUDIANTS
La Jeunesse, c’est notre Gloire,
et l’Espoir notre Divinié.
Et nous tire par les cheveux
une ardeur éternelle.
Sainte ivresse !
O rieuses.
Amoureuses ! Belles fillettes, aimez-nous !

LES JEUNES FILLES
L’air est rempli de parfums,
les hirondelles s’enfuient,
le soleil se meurt.

STUDENTI
Or s’anima il viale.

EDMONDO
Preparo un madrigale
furbesco, ardito e gaio.
Vengono a frotte a frotte
le nostre artigianelle...

STUDENTI
Fresche, ridenti e belle.

EDMONDO
Preparo un madrigale furbesco e gaio,
e sia la musa mia tutta galanteria!
(ad alcune fanciulle)
Giovinezza è il nostro nome,
la speranza è nostra Iddia;
ci trascina per le chiome
indomabile virtù.

STUDENTI
Giovinezza è il nostro nome!
la speranza è nostra Iddia;
ci trascina per le chiome
indomabile virtù.
Santa ebbrezza!
Or voi, ridenti,
amorose adolescenti, date il cor.

FANCIULLE
Vaga per l’aura un’onda di profumi,
van le rondini a vol
e muore il sol.

LES ÉTUDIANTS, puis LES BOURGEOIS
Donnez vos lèvres, donnez vos cœurs
à la Jeunesse, à l’Amour.

LES JEUNES FILLES
Et voici l’heure des rêveries
où passent les espoirs et leur mélancolie.
(Des Grieux entre.)

LES ÉTUDIANTS
Eh ! Des Grieux.

EDMONDO (à Des Grieux)
Viens avec nous, l’ami, viens rire.
Et disperse tes soucis... Cherche une bonne fortune.
Qu’il est sombre ! Pourquoi ?
Souffrirais-tu secrètement
d’un amour impitoyable ?

DES GRIEUX
L’Amour !
Cette tragédie ou comédie,
ne me touche guère.
(Edmondo et quelques étudiants s’arrêtent pour
bavarder avec Des Grieux. D’autres courtisent les
jeunes filles qui se promènent dans l’allée.)

ÉTUDIANTS
Baste ! Tu caches tes victimes, heureux et discret.

DES GRIEUX
Messieurs, vous me faites trop d’honneur.

STUDENTI, poi CITTADINI
Date il labbro, date il core
alla balda gioventù.

FANCIULLE
È questa l’ora delle fantasie
che fra le spemi lottano e le malinconie.
(Entra Des Grieux.)

STUDENTI
Ecco Des Grieux!

EDMONDO (a Des Grieux)
A noi t’unisci, amico, e ridi
e ti vinca la cura di balzana avventura.
Non rispondi? Perché?
Forse di dama inaccessibile
acuto amor ti morse?

DES GRIEUX
L’amor? L’amor?
Questa tragedia, ovver commedia,
io non conosco!
(Edmondo ed alcuni studenti si avvicinano a Des
Grieux. Altri corteggiano le fanciulle che passeggiano.)

STUDENTI
Baie! Misteriose vittorie cauto celi e felice.

DES GRIEUX
Amici, troppo onor mi fate.

EDMONDO et ÉTUDIANTS
Par Vénus ! nous devinons, mon cher,
tu meurs pour une femme.

DES GRIEUX
Non, pas encore...
Mais puisque vous y tenez, je vais vous satisfaire
de suite.
(Il s ‘approche des jeunes filles.)
Parmi vous, ô belles brunes !
Se cache-t-elle la jeune idole,
la tête folle que j’attends ?
Est-ce toi, dis, exquise blonde ?
Contez-moi ma Destinée
faites qu’apparaisse
l’idéale maîtresse
qu’il faut que j’aime éternellement.
(Edmondo et les étudiants rient.)
Parmi-vous, ô belles blondes, etc.
Est-ce toi dis, exquise blonde ?

EDMONDO et LES ÉTUDIANTS
Bravo !

EDMONDO
Voyez camarades !
On ne se moque plus de lui.

CHŒUR
Bravo!
Égayons la soirée,
comme c’est l’habitude.
Que des verres pleins
la musique résonne !
Ah ! soyons fous !... A nous l’abandon

EDMONDO e STUDENTI
Per Bacco, indoviniam, amico.
Ti crucci d’uno scacco.

DES GRIEUX
No, non ancora,
ma se vi talenta, vo’ compiacervi...
e tosto!
(Si avvicina a un gruppo di fanciulle.)
Tra voi, belle, brune e bionde
si nasconde giovinetta vaga e vezzosa,
dal labbro rosa che m’aspetta?
Sei tu bionda stella? Dillo a me!
Palesatemi il destino
e il divino viso ardente
che m’innamori,
ch’io vegga e adori eternamente!
(Edmondo e gli altri studenti ridono.)
Tra voi, belle, brune e bionde, ecc.
Sei tu bruna snella? Dillo a me!

EDMONDO e STUDENTI
Ma bravo! Ma bravo!

EDMONDO
Guardate, compagni,
di lui nessuno più si lagni!

STUDENTI, FANCIULLE, CITTADINI
Ma bravo!
Festeggiam la serata,
com’è nostro costume.
Suoni musica grata
nei brindisi il bicchier
e noi rapisca il fascino

et l’attrait du plaisir !
Égayons la soirée !
Danses, chansons et folies,
un cortège de voluptés
vient vers nous, les têtes folles,
et la nuit va tomber...
C’est une splendeur divine
sa lumière, sa caresse
sur tout planent,
triomphalement.
C’est une splendeur divine, etc.
(On entend un cor de postillon.)
Voici le coche d’Arras !
(La voiture s’arrête devant l’auberge. Lescaut descend
le premier, puis Geronte qui aide Manon à descendre.)
Ils descendent... Voyons...
Voyageurs fort élégants ! Charmants !

LES ÉTUDIANTS(en admirant Manon)
Qui donc pourrait résister et ne pas souhaiter
à cette enfant si jolie, la bienvenue ?

LESCAUT
Eh ! L’hôte !
(à Geronte)
Cher Monsieur, vous êtes un modèle de politesse.
Eh ! L’hôte !

L’HÔTELIER (accourt, suivi de plusieurs garçons)
Nous voici....

DES GRIEUX (observant Manon)
Qu’elle est belle !

ardente del piacer!
Ah! festeggiam!
Danze, brindisi, follie,
il corteo di voluttà
or s’avanza per le vie,
e la notte regnerà;
è splendente ed irruente,
è un poema di fulgor:
tutto avvinca la sua luce
e il suo furor.
È splendente, ecc.
(Squilla la cornetta del postiglione.)
Giunge il cocchio d’Arras!
(La diligenza si arresta innanzi al portone dell’osteria.
Scende subito Lescaut, poi Geronte che aiuta a
scendere Manon.)
Discendono, vediam!
Viaggiatori eleganti – galanti!

STUDENTI (ammirando Manon)
Chi non darebbe a quella donnina bella
il gentile saluto del benvenuto?

LESCAUT
Ehi! L’oste!
(a Geronte)
Cavalier, siete un modello di squisitezza.
Ehi! L’oste!

L’OSTE (accorrendo, con garzoni)
Eccomi, qua!

DES GRIEUX (guardando Manon)
Dio, quanto è bella!

GERONTE (à l’hôtelier)
Cette nuit, chez vous, je reposerai...
(à Lescaut)
Mille excuses !
(à l’hôtelier)
Maître hôtelier, prendez mon bagage.

L’HÔTELIER
(Il donne des ordres à ses garçons.)
A l’instant.
(s’adressant à Geronte et à Lescaut :)
S’il vous plaît, entrez par ici.
(Il monte par l’escalier extérieur, suivi de Geronte et de
Lescaut, qui fait signe à Manon de l’attendre.)

DES GRIEUX (à Manon)
Charmante voyageuse, exaucez ma prière,
et de vos douces lèvres, dites votre nom.

MANON
Manon Lescaut je me nomme.

DES GRIEUX
Pardonnez tant d’audace,
votre grâce me charme, votre charme m’attire...
Est-ce un mirage ?
Mais je crois vous connaître
vous êtes délicieuse...
Mon cœur bat à se rompre...
Quand repartez-vous ?

GERONTE (all’Oste)
Questa notte, amico, qui poserò.
(a Lescaut)
Scusate!
(all’Oste)
Ostiere, v’occupate del mio bagaglio.

L’OSTE
Ubbidirò.
(Dà ordine ai garzoni quali dispongono per lo scarico
dei bagagli, poi a Geronte ed a Lescaut.)
Vi prego, mi vogliate seguir.
(Preceduti dall’Oste, salgono al primo piano Geronte e
Lescaut, che avrà fato cenno a Manon di attenderlo.)

DES GRIEUX (a Manon)
Cortese damigella, il priego mio accettate:
dican le dolci labbra come vi chiamate.

MANON
Manon Lescaut mi chiamo.

DES GRIEUX
Perdonate al dir mio,
ma da un fascino arcano
a voi spinto son io.
Persino il vostro volto parmi aver visto,
e strani moti ha il mio core.
Perdonate al dir mio!
Quando partirete?

MANON
Demain de bonne heure,
le cloître m’attend.

DES GRIEUX
Pourtant vous êtes l’Avril
et la Jeunesse, fleur éternelle.
O ravissante ! Quel Destin vous contrarie ?

MANON
Mon Destin s’appelle
la volonté paternelle...

DES GRIEUX
Ah ! que vous êtes belle !
Mais non, ce n’est pas
un froid couvent qui vous réclame...
Sur votre avenir je vois briller une flamme.

MANON
Cette flamme s’éteint.

DES GRIEUX
Silence, à présent...
Revenez plus tard...
Et nous verrons comment
on peut sauver Manon.

MANON
Tant de bonté pour moi paraît dans vos paroles,
je m’en souviendrai...
Qui êtes-vous ? dites ?...

DES GRIEUX
René Des Grieux.

MANON
Domani all’alba io parto.
Un chiostro m’attende.

DES GRIEUX
E in voi l’aprile
nel volto si palesa e fiorisce!
O gentile, qual fato vi fa guerra?

MANON
Il mio fato si chiama:
voler del padre mio.

DES GRIEUX
Oh, come siete bella!
Ah, no! non è un convento
che sterile vi brama! No!
Sul vostro destino riluce un’altra stella.

MANON
La mia stella tramonta!

DES GRIEUX
Or parlar non possiamo.
Ritornate fra poco,
e cospiranti contro il fato,
vinceremo.

MANON
Tanta pietà traspare dalle vostre parole!
Vo’ ricordarvi!
Il nome vostro?

DES GRIEUX
Son Renato des Grieux.

LESCAUT (de l’intérieur de l’auberge)
Manon !

MANON
Je dois partir.
(dans la direction de l’auberge)
J’arrive.
(à Des Grieux)
C’est mon frère qui m’appelle.

DES GRIEUX
Vous reviendrez ?

MANON
Impossible ! Laissez-moi !

DES GRIEUX
O Manon, je vous supplie...

MANON
Soit...je cède...
A la nuit complète, ici ! Chut ! guettez-moi !
(Elle s’interrompt dès qu’elle voit Lescaut sur le balcon
de l’auberge... Elle le rejoint et tous deux rentrent.)

DES GRIEUX
Ange, sirène ou femme, voici mon âme.
Te dire : je t’aime
c’est vivre mon plus beau poème.
« Manon Lescaut, je me nomme. »
Ces gentilles paroles parfumées
résonnent dans mon cœur
et me promettent un prochain bonheur.
Cette voix ineffable, pouvoir l’entendre encore, etc.

LESCAUT (dall’osteria)
Manon!

MANON
Lasciarvi debbo.
(volgendosi all’osteria)
Vengo!
(a Des Grieux)
M’ha chiamata mio fratello.

DES GRIEUX
Qui tornate?

MANON
No, non posso! Mi lasciate!

DES GRIEUX
O gentile, vi scongiuro.

MANON
Mi vincete.
Quando oscuro l’aere intorno a noi sarà...
(Si interrompe vedendo Lescaut sul balcone dell’osteria
e corre verso di lui.)

DES GRIEUX
Donna non vidi mai simile a questa!
A dirle: io t’amo,
a nuova vita l’alma mia si desta.
“Manon Lescaut mi chiamo.”
Come queste parole profumate
mi vagan nello spirto
e ascose fibre vanno a carezzare.
O sussurro gentil, deh! non cessare! ecc.

« Manon Lescaut, je me nomme. » Murmure si doux
Cette voix ineffable, pouvoir l’entendre encore.
(Edmondo et les étudiants s’approchent peu à peu de
Des Grieux.)


EDMONDO et LES ÉTUDIANTS
Ton aventure nous rassure,
de Cupidon, bon chevalier vainqueur !
Le ciel t’apporte pour tes délices
une beauté divine, un amour ! etc.
(Des Grieux s’en va agacé.)
Il fuit... C’est donc un amoureux.
(Ils retournent à l’auberge et rencontrent quelques
jeunes filles qu’ils invitent à rester avec eux.)

LES ÉTUDIANTS
Venez fillettes.
portez-nous bonheur.

LES JEUNES FILLES
La blonde ou la brune
Des deux quelle est celle qui tente votre fantaisie ?

GERONTE
Votre sœur, dites-vous, doit prendre le voile ?

LESCAUT
Ainsi décide la famille.

GERONTE
Mais votre idée est vraiment tout autre ?

LESCAUT
Certes, certes...
J’ai ma tête à sa place bien plus qu’il ne semble,

“Manon Lescaut mi chiamo.”
Sussurro gentil, deh! non cessar!
(Edmondo e gli studenti che hanno sempre spiato Des
Grieux lo circondano rumorosamente.)

EDMONDO e STUDENTI
La tua ventura ci rassicura.
O di Cupido degno fedel,
bella e divina la cherubina
per tua delizia scese dal ciel! ecc.
(Des Grieux parte indispettito.)
Fugge. È dunque innamorato!
(Edmondo e gli studenti si avviano all’osteria:
s’imbattono in alcune fanciulle e le invitano a seguirli.)

STUDENTI
Venite, o fanciulle!
Augurio ci siate di buona fortuna.

FANCIULLE
È bionda od è bruna
la diva che guida la vostra tenzon?

GERONTE
Dunque vostra sorella il velo cingerà?

LESCAUT
Malo consiglio della gente mia.

GERONTE
Diversa idea mi pare la vostra?

LESCAUT
Certo, certo.
Ho più sana la testa di quel che non sembri,

malgré quelques fâcheux écarts de jeunesse.
Je connais bien la vie, peut-être trop,
Paris est une rude école !
Et si je dois, Monsieur, accompagner ma sœur,
c’est par devoir,
comme un vrai soldat.

LES JEUNES FILLES
D’amies fidèles pour une heure
voulez-vous le baiser, le soupir ?
Comme nous embellissons la victoire !
Demandez le baiser, le soupir.

LES ÉTUDIANTS
Qui perd ou qui gagne,
nous languissons après vous, ô fillettes.

LESCAUT
Seulement, je prétends
qu’ici bas tout vient à point
à qui sait attendre...
à qui donc ai-je l’honneur ?

GERONTE
Geronte de Ravoir.

LES ÉTUDIANTS
Que l’on pleure, que l’on rie,
le malheur nous abat et se moque de nous ;
mais toujours jaillit la folle,
l’éternelle chanson d’amour, etc.

LES JEUNES FILLES
Nous embellissons la victoire,
et le cœur du vainqueur,

benché triste fama mie gesta circondi.
Ma la vita conosco, forse troppo.
Parigi è scuola grande assai.
Di mia sorella guida, mormorando,
adempio il mio dovere,
come un vero soldato.

FANCIULLE
Amiche fedeli d’un’ora,
volete il bacio, volete il sospir?
Ah! Orniam la vittoria –
il bacio chiedete, il sospir!

STUDENTI
Chi perde, chi vince,
vi brama, o fanciulle.

LESCAUT
Solo dico, che ingrato evento
al mondo non ci coglie,
senza qualche compenso.
E in voi conobbi, Signor?

GERONTE
Geronte di Ravoir.

STUDENTI
Chi piange e chi ride,
noi prostra ed irride la mala ventura;
ma lieta prorompe d’amore la folle,
d’amore l’eterna, l’eterna canzon, ecc.

FANCIULLE
Orniam la vittoria,
e il core del vinto

de ténèbres environné,
reposera sur nos molles caresses
oubliant la honte et le tourment, etc.

EDMONDO (à l’une des petites)
Adieu mon étoile, adieu ma fleur,
sœur errante du dieu d’amour.
Tous mes soupirs s’en vont vers toi,
même pour un jour, ne me trahis pas.
(La petite le quitte. Voyant Geronte et Lescaut parler, il
tend l’oreille.)

LESCAUT
C’est un voyage d’agrément ?

GERONTE
Non, d’affaires...
Sa Majesté le Roi m’a fait récemment
le Fermier-Général de la Province.

LESCAUT (à part)
Quel lingot d’or !

GERONTE
Et votre sœur non plus ne me paraît pas heureuse ?

LESCAUT
Pensez ! à peine dix-huit ans,
que de rêves en tête !

GERONTE
J’entends... la pauvrette !
Il faudrait la distraire.
Avec moi, tous deux, voulez-vous souper ?

di tenebre cinto
al tepido effluvio di molle carezza riposa,
obliando e l’onta e il martir, ecc.

EDMONDO (ad una fanciulla)
Addio, mia stella, addio, mio fior,
vaga sorella del dio d’amor.
A te d’intorno va il mio sospir,
e per un giorno non mi tradir.
(La fanciulla si allontana; poi vedendo Geronte e
Lescaut in stretto colloquio, si ferma indisparte ad
osservarli.)

LESCAUT
Diporto vi conduce in viaggio?

GERONTE
No, dovere:
l’affitto dell’imposte a me fidato
dalla bontà del Re, dalla mia borsa.

LESCAUT (da sé)
Che sacco d’or!

GERONTE
E non mi sembra lieta neppur vostra sorella.

LESCAUT
Pensate! A diciott’anni!
Quanti sogni e speranze!

GERONTE
Comprendo. Poverina!
È d’uopo consolarla.
Questa sera meco verrete a cena?

LESCAUT
Quel honneur ! Quel honneur !
(en faisant le geste de lui offrir quelque chose à
l’auberge.)
Buvons en attendant...

GERONTE
Mille grâces ! Mais je dois à l’aubergiste
donner sur-le-champ les ordres nécessaires.
(Lescaut s’incline et Geronte s’éloigne vers le fond. Il
commence à faire nuit. On apporte de l’auberge des
lumières que l’on dispose sur les tables des joueurs.)


LES BOURGEOIS
Un as ! Un valet !

LES ÉTUDIANTS
Un trois !

TOUS
Quel jeu abominable !

LESCAUT (regardant les joueurs)
On joue, hum ! S’il m’était possible
de tenter quelque coup.

TOUS
Pointez ! Cartes ! Un as !

LESCAUT
(Il s’approche d’un des étudiants et examine son jeu.)
Un as, cher monsieur, un valet...
Erreur ! Erreur !

LESCAUT
Qual onor! Qual onore!
(Gli fa cenno d’offrirgli qualche cosa all’osteria.)
E intanto permettete...

GERONTE
Scusate, m’attendete per breve istante;
qualche ordine io debbo all’ostiere impartir.
(Lescaut s’inchina e Geronte s’allontana. Annotta e
dall’interno dell’osteria sono portate lampade e
candele accese, che i garzoni dispongono sui tavoli dei
giuocatori.)

CITTADINI
Un asso – un fante.

STUDENTI
Un tre!

TUTTI
Che giuoco maledetto!

LESCAUT (avvicinandosi ai giuocatori)
Giuocano! Oh, se potessi tentare anch’io
qualche colpo perfetto!

TUTTI
Puntate! Carte! Un asso!

LESCAUT
(Si pone alle spalle di un giuocatore e osserva il suo
giuoco.)
Un asso? Mio signore, un fante!
Errore, errore!

TOUS
Exact. Un valet! C’est un vrai maître.

LESCAUT
Oh non ! un dilettante...
(On l’invite à jouer. Il accepte et s’installe. Geronte qui
a observé Lescaut et le voit pris par le jeu appelle
l’hôtelier.)

GERONTE
L’ami ! Je paie d’avance et parle peu.
Une berline et de bons chevaux
qui filent comme le vent ; dans une heure.

L’HÔTELIER
J’ai compris.

GERONTE
Derrière l’auberge, dans une heure... Écoutez...
Viendront un homme et une femme,
et vite au triple galop, vite sur Paris...
rappelez-vous que le silence est d’or.

L’HÔTELIER
L’or, je l’adore...

GERONTE
Fort bien
(lui donnant une bourse)
Adorez et obéissez.
Dites-moi, cette porte est la seule de l’auberge ?

L’HÔTELIER
Il y en a une l’autre...

TUTTI
È ver! Un fante! Siete un maestro!

LESCAUT
Celiate! Un dilettante!
(Si siede e prende le carte. Geronte riappare e vedendo
Lescaut occupato al giuoco, chiama l’Oste .)

GERONTE
Amico, io pago prima e poche ciarle!
Una carrozza e cavalli che volino
siccome il vento; fra un’ora!

L’OSTE
Sì, signore!

GERONTE
Dietro l’albergo, fra un’ora – capite?
Verranno un uomo e una fanciulla –
e via siccome il vento, via, verso Parigi!
E ricordate che il silenzio è d’or.

L’OSTE
L’oro adoro.

GERONTE
Bene, bene! Adoratelo e ubbidite.
(dandogli una borsa)
Or mi dite:
quest’uscita ha l’osteria solamente?

L’OSTE
Ve n’ha un’altra.

GERONTE
Faites voir cette autre porte.
(Ils sortent.)

LES JEUNES FILLES
Vous voulez des baisers !
LES JOUEURS (à Lescaut)
A nous ! Venez donc, banco !

LESCAUT
Des cartes !

EDMONDO
(qui n ‘a rien perdu de la conversation entre Geronte et
l’hôtelier)
O séducteur caduc,
tu veux singer Pluton,
mais Proserpine, vieux démon,
te résistera.
(Des Grieux entre.)
(à Des Grieux)
Chevalier, on te l’enlève.

DES GRIEUX (surpris)
Que dis-tu ?

EDMONDO
La fleur rare
qui, tout à l’heure, ici même,
sur sa tige répandait son parfum
sous peu sera fanée.
Ta chère belle, ta colombe prend son vol.
Les postillons sont bientôt prêts.

GERONTE
Indicatemi la via.
(Partono.)

FANCIULLE (dall’osteria)
Chiedete il bacio, il sospir!
GIUOCATORI (a Lescaut)
A noi, v’invito banco!

LESCAUT
Carte!

EDMONDO
(che ha udito il colloquio fra Geronte e l’Oste)
Vecchietto amabile,
incipriato Pluton sei tu!
La tua Proserpina di resisterti
forse avrà virtù?
(Entra Des Grieux.)
(a Des Grieux)
Cavaliere, te la fanno!

DES GRIEUX (con sorpresa)
Che vuoi dir?

EDMONDO
Quel fior dolcissimo
che olezzava poco fa
dal suo stel divelto, povero fior,
fra poco appassirà!
La tua fanciulla, la tua colomba or vola:
del postiglion suona la tromba.

Va, console-toi,
ce vieillard te la vole !

DES GRIEUX
Vraiment ?

EDMONDO
Tu pâlis !
Morbleu, c’est donc sérieux.

DES GRIEUX
Je l’attends... comprends-tu ?

EDMONDO
Alors que faire ?

DES GRIEUX
Sauve-moi.

EDMONDO
Entendu ! Je surseois au départ...
Voyons... écoute et sois un homme.
Le jeu, tu vois, absorbe le beau sergent.

DES GRIEUX
Et l’autre !

EDMONDO
Le vieux, j’en fais mon affaire...
(Il rejoint ses camarades qui jouent, leur parle à
l’oreille, puis sort par les portiques et s’éloigne au fond
à gauche. On cesse de jouer, Lescaut boit avec les
étudiants. (Manon apparaît au haut de l’escalier ;
regarde autour d’elle, et ayant aperçu Des Grieux, elle
descend vers lui.)

Via, ti consola;
un vecchio la rapisce!

DES GRIEUX
Davvero?

EDMONDO
Impallidisci?
Per Dio, la cosa è seria!

DES GRIEUX
Qui l’attendo, capisci?

EDMONDO
Siamo a buon punto!

DES GRIEUX
Salvami!

EDMONDO
Salvarti? La partenza impedir?
Tentiam! Senti! Forse ti salvo.
Del giuoco morse all’amo il soldato laggiù.

DES GRIEUX
E il vecchio?

EDMONDO
Il vecchio? Oh, l’avrà da far con me!
(Si avvicina ai compagni che giuocano, parla
all’orecchio di alcuni di essi e poi si allontana; si
sospende il giuoco; Lescaut beve in compagnia degli
studenti. Manon appare sulla scaletta, guarda intorno
e visto Des Grieux gli si avvicina.)

MANON
Voyez ! Je suis fidèle à la promesse faite.
Vous avez tant insité tout à l’heure afin
qu’ici je vous retrouve...
Mieux eût valu pourtant, je pense,
ne point venir, oublier, rêver et
ne jamais plus nous revoir.

DES GRIEUX
Combien sont sages vos paroles...
Non, il n’est pas d’usage de raisonner
de la sorte à votre âge...
Cela s’accorde à peine avec ces yeux ardents
que je regarde...
Cette froideur, cette sagesse...

MANON
Cependant autrefois j’étais moins grave.
Notre maisonnette s’éclairait
de mes éclats de rire,
et tous les jours avec mes camarades
j’allais danser.
Mon joli temps de jeunesse est bien fini.

DES GRIEUX
Dans vos yeux qui rayonnent
se révèle librement le désir de l’amour...
C’est lui qui vous parle.
Livrez à son enchantement
votre cœur, vos lèvres,
je vous aime. Je vous aime.
Que ce moment qui passe demeure
pour nous éternel !...

MANON
Vedete? Io son fedele alla parola mia.
Voi mi chiedeste con fervida preghiera,
che a voi tornassi un’altra volta.
Meglio non rivedervi, io credo,
e al vostro prego benignamente
opporre il mio rifiuto.

DES GRIEUX
Oh, come gravi le vostre parole!
Sì ragionar non suole
l’età gentil che v’infiora il viso;
mal s’addice al sorriso
che dall’occhio traluce,
questo disdegno melanconico!

MANON
Eppur lieta, assai lieta un tempo fui!
La queta casetta risonava
di mie folli risate,
e coll’amiche gioconde
ne andava sovente a danza!
Ma di gaiezza il bel tempo fuggì!

DES GRIEUX
Nelle pupille fulgide profonde
sfavilla il desiderio dell’amore –
amor ora vi parla!
Ah, date all’onde del nuovo incanto
il dolce labbro e il cor.
V’amo! V’amo!
Quest’attimo di giorno
rendete eterno ed infinito!

MANON
Je ne suis, voyez-nous, qu’une enfant,
aucune beauté sur mon visage,
la tristesse plane à jamais sur moi.

DES GRIEUX
L’amour saura la chasser...
La beauté vous prépare
un avenir éclatant...
O douce créature, ah ! mon immense désir !

MANON
Non, ce n’est pas possible...
Ah ! quel rêve charmant ! Mon immense désir !

LESCAUT
(en se levant avec peine)
Où est le vin ?
Eh quoi ? J’aurais tout bu ?
(Les étudiants obligent Lescaut à se rasseoir et le font
boire. En entendant la voix de Lescaut, Manon veut
rentrer, Des Grieux la retient.)

DES GRIEUX
Écoutez,
un complot vous menace,
on vous enlève.
Un libertin audacieux,
ce vieux, votre compagnon de voyage
en est l’auteur hardi...

MANON
Qu’entends-je ?

MANON
Una fanciulla povera son io,
non ho sul volto luce di beltà,
regna tristezza sul destino mio.

DES GRIEUX
Vinta tristezza dall’amor sarà!
La bellezza vi dona
il più vago avvenir.
O soave persona, ah! mio sospiro infinito!

MANON
Non è ver, non è vero!
Ah! sogno gentil, mio sospiro infinito!

LESCAUT
(alzandosi e picchiando sul tavolo)
Non c’è più vino?
E che? Vuota è la botte?
(Gli studenti lo forzano a sedere e gli versano ancora
del vino. All’udir la sua voce Manon impaurita vorrebbe
rientrare, ma viene trattenuta da Des Grieux.)

DES GRIEUX
Deh! m’ascoltate:
vi minaccia un vile oltraggio,
un rapimento!
Un libertino audace,
quel vecchio che con voi giunse,
una trama a vostro danno ordì.

MANON
Che dite?

EDMONDO
La vérité !

EDMONDO
(venant rapidement vers eux deux)
Le coup est fait et la berline est prête.
Ah ! la bonne histoire.
Vite, partez.

MANON
Quoi ? Partir ?

DES GRIEUX
Fuyons ! Fuyons !
Que votre ravisseur soit Des Grieux...

MANON
Jamais ! Vous m’enlevez ?

DES GRIEUX
Non, c’est l’amour qui vous enlève...

MANON
Ah ! non...

DES GRIEUX
Je vous en prie.

EDMONDO
Vite, mes enfants !

DES GRIEUX
Ah, fuyons, fuyons !
Manon, je vous en supplie, fuyons !

DES GRIEUX
Il vero!

EDMONDO
(si avvicina a Des Grieux e Manon)
Il colpo è fatto, la carrozza è pronta.
Che burla colossal!
Presto! Partite...

MANON
Che? Fuggir?

DES GRIEUX
Fuggiamo, fuggiamo!
Che il vostro rapitor un altro sia.

MANON
Ah! No! Voi mi rapite?

DES GRIEUX
No, no! Vi rapisce amore!

MANON
Ah, no!

DES GRIEUX
V’imploro!

EDMONDO
Presto, via ragazzi!

DES GRIEUX
Ah, fuggiamo, fuggiamo!
Manon, v’imploro – fuggiam!

MANON
Non ! Non ! Non ! Non !

EDMONDO
Vite ! Vite !

DES GRIEUX
Manon, je vous en supplie.
Ah, fuyons, je vous en supplie !
Ah ! fuyons !

MANON
Fuyons !

EDMONDO
Ah ! Les jeunes fous !
(Il donne à Des Grieux son propre manteau pour lui
permettre de se cacher le visage. Puis tous trois
courent au fond, derrière l’auberge. Geronte entre et
remarque avec satisfaction que Lescaut est toujours à
son jeu.)

GERONTE
Pour séduire la petite,
C’est l’instant, du courage !
Le sergent est pris par ses cartes,
qu’il y reste.
(à l’hôtelier)
Eh ! l’homme ! Est-ce servi ?

L’HÔTELIER
Oui, Excellence !

GERONTE
Annoncez à la demoiselle que...

MANON
No! No! No! No!

EDMONDO
Presto! Presto!

DES GRIEUX
Ah, Manon, Manon, v’imploro,
ah, fuggiam, v’imploro!
Ah! Fuggiam!

MANON
Andiam!

EDMONDO
Oh, che bei pazzi!
(Dà a Des Grieux il proprio mantello, col quale può
coprirsi il volto, poi tutti e tre fuggono dal fondo, dietro
l’osteria. Entra Geronte e nota con soddisfazione che
Lescaut è molto occupato a giuocare.)

GERONTE
Di sedur la sorellina è il momento!
Via, ardimento!
Il sergente è al giuoco intento.
Vi rimanga!
(a l’oste)
Ehi, dico, pronta è la cena?

L’OSTE
Sì, Eccellenza!

GERONTE
L’annunziate a quella signorina che...

EDMONDO (à Geronte)
Excellence, voyez là-bas...
Elle part en compagnie d’un étudiant...

GERONTE
(extrêmement agité, va à Lescaut et le secoue)
On vous l’enlève !

LESCAUT (sans cesser de jouer)
Qui ?

GERONTE
Votre sœur !

LESCAUT
Mille et mille bombes !

GERONTE
C’est affreux : c’est un étudiant.
Courons sus ! Poursuivons !...

LESCAUT
C’est inutile... Réfléchissons...
Avez-vous des chevaux ?
(Geronte secoue la tête.)
Il est trop tard
et pleurer est folie !
Manon avec ses jeunes charmes,
a réveillé chez vous quelque amour paternel.

GERONTE
Tout paternel.

EDMONDO (a Geronte)
Eccellenza, guardatela!
Essa parte in compagnia d’uno studente.

GERONTE
(molto agitato, corre da Lescaut scuotendolo)
L’hanno rapita!

LESCAUT (giuocando)
Chi?

GERONTE
Vostra sorella!

LESCAUT
Mille e mille bombe!

GERONTE
L’inseguiam! È uno studente!
L’inseguiam!

LESCAUT
È inutil. Riflettiam.
Cavalli pronti avete?
(Geronte accenna di sì.)
Il colpo è fatto.
Disperarsi è da matto.
Vedo Manon con sue grazie leggiadre
ha suscitato in voi un affetto di padre!

GERONTE
Non altrimenti.

libretto by Ruggero Leoncavallo, Marco Praga, Giuseppe Giacosa, Domenico Oliva, Luigi Illica, Giacomo Puccini
🎼

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